Le meilleur point d'entrée pour découvrir Batgirl est la « Batgirl de Burnside », l'arc lancé en 2014 par Cameron Stewart, Brenden Fletcher et Babs Tarr, à partir du numéro 35 de la série de l'ère New 52. Autonome, moderne et immédiatement séduisant, ce run met en scène Barbara Gordon jeune étudiante dans un quartier branché de Gotham, sans exiger la moindre connaissance préalable de la Bat-Family.
Batgirl n'est pas un personnage : c'est un manteau. Depuis 1967, trois héroïnes différentes l'ont porté, chacune avec sa personnalité, son costume et sa propre bibliographie. Barbara Gordon, la fille du commissaire de Gotham, en est la fondatrice ; Cassandra Cain, arme vivante repentie, en a fait une guerrière silencieuse au tournant des années 2000 ; Stephanie Brown, l'ancienne Spoiler, a apporté une fraîcheur estudiantine à la fin des années 2000. Comprendre Batgirl, c'est donc d'abord accepter qu'il n'existe pas une saga unique et continue à lire numéro après numéro, mais plusieurs parcours entrelacés.
Cette particularité rend le personnage passionnant à explorer, mais un peu déroutant pour qui débute. Faut-il commencer par les origines de 1967 ? Par la version la plus récente ? Par la Batgirl que l'on a croisée dans un jeu vidéo ou un dessin animé ? Ce guide répond à ces questions en proposant non pas une chronologie rigide, mais un parcours raisonné : où poser le pied en premier, comment remonter aux sources, quels runs constituent le cœur d'une collection, et quelles pépites réserver pour approfondir une fois la passion installée.
Que vous soyez un nouveau lecteur curieux de comprendre pourquoi Batgirl fédère autant, ou un collectionneur soucieux de bâtir une bibliothèque cohérente, vous trouverez ici les runs, créateurs et arcs réels et notoires qui ont façonné les trois héroïnes — présentés dans un ordre pensé pour ne jamais vous perdre.
Le meilleur point d'entrée : la Batgirl de Burnside (2014)
Si vous ne deviez lire qu'une seule chose pour tomber sous le charme de Batgirl, ce serait l'arc dit « Batgirl de Burnside », entamé au numéro 35 de la série de l'ère New 52 en 2014. Le trio créatif — Cameron Stewart et Brenden Fletcher au scénario, Babs Tarr au dessin — y réinvente Barbara Gordon en jeune femme fraîchement installée à Burnside, un quartier hipster et connecté de Gotham. Elle y prépare un mémoire, fréquente colocs et coworkings, et jongle entre vie sociale numérique et patrouilles nocturnes.
Pourquoi commencer ici plutôt que par les origines de 1967 ? Parce que ce run coche toutes les cases de la porte d'entrée idéale. Il est autonome : aucune connaissance préalable n'est requise, l'intrigue se suffit à elle-même. Il est accessible : le ton est solaire, l'énergie communicative, l'humour omniprésent. Et il est visuellement iconique : la nouvelle tenue signée Babs Tarr — veste de motarde jaune et noire, Doc Martens, lunettes de pilotage — a durablement redéfini l'image du personnage et inspiré une vague d'imitations dans toute l'édition grand public. Cet arc est aujourd'hui regroupé dans un recueil que l'on trouve aisément et qui constitue un cadeau parfait pour initier un lecteur.
Une fois séduit par cette Barbara moderne, vous aurez toute latitude pour remonter le fil du temps et découvrir d'où vient réellement le personnage.
Les origines : Barbara Gordon et le run fondateur (1967)
La toute première Batgirl naît en janvier 1967 dans Detective Comics #359, sous la plume de Gardner Fox et le crayon de Carmine Infantino. Barbara Gordon y est bibliothécaire diplômée, championne de judo et fille du commissaire James Gordon — un détail décisif, car il fait d'elle l'un des rares membres du cercle de Batman à n'être ni orpheline ni pupille de Bruce Wayne. Sa création répond à une double logique éditoriale et télévisée : la chaîne qui diffusait alors la série Batman avec Adam West cherchait une héroïne récurrente, et DC voulait toucher un lectorat féminin. Le succès fut immédiat.
Durant l'Âge de bronze, Barbara enchaîne les histoires secondaires, notamment dans le titre collectif Batman Family lancé en 1975, où elle partage souvent l'affiche avec Robin. Ces récits, aujourd'hui rassemblés dans des intégrales dédiées à l'Âge de bronze de Batgirl, valent surtout pour leur charme rétro et pour comprendre la place pionnière du personnage.
Mais la meilleure lecture pour saisir les origines de Barbara reste une œuvre plus tardive : Batgirl: Year One (2003), signée Scott Beatty et Chuck Dixon au scénario, avec le dessin lumineux de Marcos Martin. Cette mini-série reconstruit en plusieurs chapitres les débuts de Barbara : sa frustration d'être écartée par son père et par Batman, sa détermination à faire ses preuves, ses premiers face-à-face. C'est une porte d'entrée idéale pour l'origine, à lire de préférence après Burnside, afin d'en apprécier tous les échos.
Les runs solo incontournables dans l'ordre
Voici l'ossature d'une collection Batgirl, présentée dans l'ordre chronologique de publication. Chacun de ces runs se lit indépendamment, mais leur enchaînement dessine l'évolution complète du manteau, d'une héroïne à l'autre.
- Batgirl (2000-2006), l'ère Cassandra Cain — La première série régulière à porter le nom de Batgirl, et l'une des plus longues (73 numéros). Kelley Puckett au scénario et Damion Scott au dessin y mettent en scène Cassandra Cain, fille de l'assassin David Cain, élevée sans langage pour devenir une combattante parfaite. Son costume intégralement noir, masque cousu sur la bouche, renverse toute la grammaire visuelle du personnage. Un run de rédemption d'une intensité rare, souvent cité comme la meilleure version « martiale » de Batgirl.
- Batgirl (2009-2011), l'ère Stephanie Brown — Bryan Q. Miller signe une série plus légère et solaire, dans laquelle Stephanie Brown, ancienne Spoiler, hérite du costume avec la bénédiction de Barbara Gordon, alors Oracle. Humour étudiant, énergie, mentorat bienveillant : ce run interrompu par le reboot New 52 jouit d'une belle réputation critique et se lit d'une traite.
- Batgirl (2011-2016), le retour de Barbara en New 52 — Gail Simone ramène Barbara Gordon en costume après des années passées en fauteuil, dans un arc d'ouverture intitulé The Darkest Reflection. La série bascule ensuite, à partir du numéro 35, vers l'ère Burnside évoquée plus haut. Un run à deux visages : sombre et introspectif d'abord, pop et coloré ensuite.
- Batgirl (2016-2020), l'ère Rebirth — Hope Larson, puis Mairghread Scott et Cecil Castellucci, prolongent l'exploration de Barbara entre vie civile à Burnside et missions aux côtés des Birds of Prey. Le ton reste accessible, dans la continuité esthétique du renouveau de 2014.
- Batgirls (2021-2023) — Becky Cloonan et Michael W. Conrad, avec le dessin dynamique de Jorge Corona, réunissent enfin les trois héroïnes sous une même bannière : Barbara en mentor, Cassandra et Stephanie en duo de terrain. Une série qui acte joyeusement la cohabitation des trois identités.
Les grandes sagas et crossovers à connaître
Une part essentielle de la mythologie de Batgirl se joue hors des séries solo, dans les grands récits de la Bat-Family où l'une des trois héroïnes tient un rôle déterminant. Ces sagas comptent parmi les plus célèbres de DC et offrent d'excellentes portes d'entrée alternatives.
- Batman: The Killing Joke (1988) — Le one-shot d'Alan Moore et Brian Bolland reste le point de bascule absolu de la mythologie. Le Joker tire sur Barbara Gordon et la paralyse, mettant fin à son activité de Batgirl. C'est de ce traumatisme que naîtra Oracle. Œuvre culte, mais aussi objet de débats : de nombreux lecteurs et créateurs ont depuis discuté le sort réservé au personnage.
- No Man's Land (1999) — Cette immense saga décrit un Gotham déclaré zone sinistrée après un séisme, coupée du reste du pays. C'est dans ce chaos qu'apparaît Cassandra Cain, qui endosse le costume de Batgirl. Terrain d'expérimentation parfait pour une héroïne mutique, elle constitue le socle de tout le run de 2000.
- War Games (2004) — Cette guerre des gangs qui embrase Gotham place Stephanie Brown, alors éphémère Robin, au cœur de l'intrigue, avec des conséquences dramatiques pour le personnage. Une lecture éclairante pour comprendre son parcours avant qu'elle ne devienne Batgirl.
- Death of the Family (2012-2013) — Le crossover Bat-Family orchestré par Scott Snyder et Greg Capullo voit le retour du Joker s'en prendre à chaque allié de Batman. Barbara Gordon y tient un rôle central, avec des tie-ins directs dans sa propre série de l'époque signée Gail Simone.
- Birds of Prey — L'équipe fondée par Chuck Dixon réunit Oracle (Barbara Gordon) et Black Canary. La période de référence reste le run de Gail Simone au milieu des années 2000, qui installe le duo comme l'un des piliers de DC et constitue la meilleure façon de découvrir Barbara sous son identité d'informatrice de génie.
L'ère moderne : Rebirth, Batgirls et la renaissance de Cassandra
Depuis le relaunch DC Rebirth de 2016, les trois Batgirl n'ont jamais été aussi présentes. Barbara Gordon a d'abord tenu sa propre série Rebirth, avant que le titre collectif Batgirls ne réunisse les trois héroïnes dans la continuité courante. Ce dernier est sans doute le meilleur reflet de l'état actuel du personnage : Barbara, revenue à un rôle hybride de mentore et de tacticienne, supervise Cassandra et Stephanie, désormais colocataires et partenaires de patrouille.
Cassandra Cain, longtemps sous-exploitée, connaît par ailleurs un regain de popularité spectaculaire. Elle bénéficie notamment d'un roman graphique jeunesse autonome, Shadow of the Batgirl (2020), écrit par Sarah Kuhn et dessiné par Nicole Goux, qui réimagine son parcours pour un nouveau public. Cette version indépendante de la continuité principale se lit sans aucun prérequis et constitue une excellente introduction à la Batgirl guerrière.
Barbara Gordon, de son côté, est redevenue une figure centrale des récits Bat-Family les plus récents, tantôt en Oracle, tantôt en Batgirl. Sa relation de longue date avec Dick Grayson, alias Nightwing, reste l'un des fils rouges émotionnels les plus suivis de l'univers DC moderne.
Les pépites à garder pour plus tard
Une fois les grands runs digérés, plusieurs lectures approfondiront votre connaissance des trois héroïnes. Elles ne sont pas indispensables au premier abord, mais chacune éclaire une facette précieuse du mythe.
- Le duel Cassandra Cain / Lady Shiva — Au fil de la série de 2000, la confrontation entre Cassandra et la redoutable Lady Shiva — l'une des meilleures combattantes de tout l'univers DC, et figure liée à ses origines — constitue le sommet dramatique du run. À réserver après avoir lu les premiers arcs.
- Le fil James Gordon Jr. dans le run de Gail Simone — L'ère New 52 de Barbara introduit un antagoniste intime glaçant : son propre frère, présenté comme un tueur méthodique. Un ressort psychologique qui donne au run toute sa noirceur.
- Les intégrales de l'Âge de bronze — Les histoires secondaires de Batman Family et des Detective Comics des années 1970, rassemblées en recueils, valent le détour pour les amateurs d'histoire éditoriale et de charme rétro.
- Le run Birds of Prey de Gail Simone dans son intégralité — Bien au-delà de Batgirl, c'est la version la plus aboutie de Barbara en Oracle : stratège, cheffe d'équipe, cerveau de l'ombre. Une lecture qui redonne toute sa dimension au personnage entre 1988 et 2011.
Ces pépites partagent un point commun : elles supposent que l'on connaisse déjà les bases posées par les runs principaux. C'est ce qui en fait des lectures d'approfondissement idéales plutôt que des portes d'entrée.
Où et comment lire : éditions, recueils et conseils de parcours
La bonne nouvelle, c'est que l'essentiel de la bibliographie de Batgirl est disponible en volumes reliés. Les grands arcs sont regroupés en recueils thématiques (un arc par tome), les longues séries en intégrales couvrant plusieurs années, et les runs les plus prestigieux en omnibus épais réunissant des dizaines de numéros. Pour la lecture, ces formats collectés offrent le meilleur confort et le meilleur rapport pages/prix ; pour la collection pure, les numéros isolés clés (première apparition de Barbara, arc de Burnside, débuts de Cassandra) gardent en revanche toute leur valeur patrimoniale.
Voici un parcours de lecture recommandé pour un débutant, du plus accessible au plus approfondi :
- Commencez par la Batgirl de Burnside (2014) pour l'énergie et l'accessibilité immédiate.
- Remontez ensuite à Batgirl: Year One (2003) pour comprendre l'origine de Barbara Gordon.
- Choisissez alors votre héroïne de cœur : la série de 2000 pour Cassandra Cain, celle de 2009 pour Stephanie Brown, ou le run New 52 de Gail Simone pour Barbara.
- Enchaînez sur les grandes sagas — The Killing Joke, No Man's Land, Death of the Family — pour replacer chaque héroïne dans la mythologie globale de Gotham.
- Terminez par les pépites : Birds of Prey de Simone, le duel Cassandra / Lady Shiva, les intégrales de l'Âge de bronze.
Un dernier conseil : ne cherchez pas à tout lire dans un ordre strictement chronologique. Le manteau de Batgirl passant d'une héroïne à l'autre, il est bien plus satisfaisant de suivre un personnage à la fois, puis de croiser les fils. Choisissez la Batgirl qui vous parle, lisez son run complet, et laissez ensuite votre curiosité vous guider vers les deux autres. C'est ainsi que l'on savoure pleinement ce que peu de personnages offrent : trois héroïnes distinctes, unies par un même symbole.
Questions fréquentes
Commencez par l'arc « Batgirl de Burnside » lancé en 2014 par Cameron Stewart, Brenden Fletcher et Babs Tarr, à partir du numéro 35 de la série New 52. Il est totalement autonome, moderne et visuellement iconique, et ne demande aucune connaissance préalable de l'univers de Batman. C'est le cadeau parfait pour un nouveau lecteur.
Non, pas pour débuter. La plupart des runs solo, en particulier l'ère Burnside ou la série de Cassandra Cain, se lisent indépendamment. Une connaissance de Batman enrichit toutefois les grandes sagas croisées comme No Man's Land ou Death of the Family, où Batgirl partage l'affiche avec le reste de la Bat-Family.
Barbara Gordon, la fondatrice de 1967, est une héroïne brillante et stratège, fille du commissaire de Gotham. Cassandra Cain, apparue en 1999, est une combattante d'élite élevée comme une arme vivante, longtemps incapable de parler. Stephanie Brown, ancienne Spoiler, apporte une énergie estudiantine et un ton plus léger. Les trois ont porté le même costume à des époques différentes.
Lisez d'abord l'ère Burnside (2014) pour l'accessibilité, puis Batgirl: Year One (2003) pour l'origine, puis le début du run New 52 de Gail Simone qui précède Burnside. Pour approfondir sa période Oracle, enchaînez sur Birds of Prey, notamment le run de Gail Simone. The Killing Joke (1988) éclaire le tournant traumatique du personnage.
Ce one-shot d'Alan Moore et Brian Bolland est un jalon historique, car la paralysie de Barbara Gordon y donne naissance à Oracle. Il n'est cependant pas un bon point de départ : c'est une lecture de contexte, à aborder une fois familiarisé avec le personnage. Sa représentation de Batgirl reste par ailleurs sujette à débat parmi les lecteurs.