Fantastic Four #4, daté de mai 1962, signé Stan Lee et Jack Kirby, ramène Namor le Prince des Mers dans les pages de Marvel. Johnny Storm reconnaît un clochard amnésique de la Bowery, lui rend la mémoire, et Namor repart vers une Atlantide ravagée avant de lancer sur New York le monstre marin Giganto. Attention : ce n'est pas une première apparition, le personnage existe depuis 1939. C'est sa réintroduction dans la continuité moderne, et cette distinction change tout au moment d'acheter.
Peu de numéros de l'âge d'argent provoquent autant de malentendus que celui-ci. Sur une annonce de vente, « retour de Namor » devient vite « premier Namor », et le prix suit la confusion plutôt que la réalité bibliographique. Si vous chassez les débuts du Marvel de Lee et Kirby, Fantastic Four #4 reste un passage obligé, mais il faut savoir précisément ce que vous achetez : le chaînon qui raccroche l'héritage Timely des années 1930 à la série qui vient de démarrer six mois plus tôt, pas la naissance d'un personnage.
Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.
Ce que contient Fantastic Four #4
Le numéro porte la date de couverture de mai 1962 et le prix de couverture américain de douze cents. Le scénario est de Stan Lee, le dessin de Jack Kirby. La série n'a alors que trois numéros derrière elle, et l'épisode s'ouvre sur une dispute interne : Johnny Storm a quitté l'équipe au numéro précédent, et c'est en se cachant dans un garni de la Bowery qu'il remarque un vagabond barbu, mutique, d'une force anormale.
La séquence qui suit est devenue l'une des plus citées de la période. Johnny rase l'inconnu, le reconnaît, puis le jette à l'eau. Le contact avec la mer rend au personnage sa mémoire et son identité : Namor, prince d'Atlantide. Le récit bascule alors du registre urbain au registre catastrophe. Namor regagne son royaume, le trouve dévasté, impute la destruction aux essais atomiques humains, et réveille Giganto pour le lancer contre la surface.
Deux éléments introduits ici pèsent sur la suite : l'attirance de Namor pour Susan Storm, qui alimentera des années d'intrigues, et sa position ambiguë, ni adversaire franc ni allié.
Une réapparition, pas une première apparition
C'est le point à comprendre avant de sortir la carte bancaire. Namor naît sous le crayon de Bill Everett, chez Timely Comics, dans Marvel Comics #1 daté d'octobre 1939. Une version antérieure du personnage a circulé la même année dans un fascicule promotionnel au tirage confidentiel, ce qui fait débat entre bibliographes ; en pratique, le numéro de 1939 est l'exemplaire de référence pour un premier Namor, et il appartient à une catégorie de rareté qui n'a rien à voir avec celle d'un numéro de 1962.
Ce que Fantastic Four #4 apporte, c'est la continuité. Le personnage avait disparu des kiosques après l'après-guerre, à l'exception d'une tentative de relance au milieu des années 1950. En 1962, Lee et Kirby ne créent pas Namor : ils décident que le Namor de 1939 et celui de 1962 sont le même homme, que les vingt années écoulées s'expliquent par une amnésie, et que l'héritage Timely fait désormais partie du même univers que les Quatre Fantastiques. C'est une opération de raccord, et c'est précisément ce qui donne sa valeur au numéro.
La nuance a une conséquence commerciale directe. Une annonce qui écrit « 1st Sub-Mariner » sur un Fantastic Four #4 est fausse, par ignorance ou par calcul. La formule exacte est « first Silver Age appearance » ou « retour de Namor ». Si le vendeur résiste à cette correction, la discussion sur l'état sera du même acabit.
Le contexte éditorial de 1962
Au printemps 1962, la maison qui publie ce numéro sort tout juste du régime Atlas et de ses récits de monstres géants. Fantastic Four #1 date de novembre 1961, le numéro 2 de janvier 1962 avec les Skrulls, le numéro 3 de mars 1962 avec l'apparition des costumes bleus et du Baxter Building. Le rythme est bimestriel, les tirages sont ceux d'un titre qui n'a pas encore prouvé qu'il durerait, et Giganto, dans le numéro 4, ressemble encore beaucoup aux créatures que Kirby dessinait les mois précédents.
Ce contexte explique la rareté des exemplaires en bel état. Les quatre premiers numéros ont été distribués en kiosque, lus, pliés, conservés sans intention patrimoniale : ni comics shops ni pochettes de protection en 1962. Les hauts grades qui circulent viennent presque tous de stocks d'invendus ou de collections d'enfance préservées par hasard.
Pourquoi ce numéro est devenu une clé
Trois raisons se superposent, et elles ne se valent pas. La première est structurelle : avec ce numéro, l'univers Marvel cesse d'être une collection de titres parallèles et devient un ensemble continu, où un personnage de 1939 peut croiser une équipe de 1961. C'est le premier geste de ce type, et il sera répété ensuite, notamment avec le retour de Captain America en 1964 que vous retrouverez sur le hub Avengers.
La deuxième raison est la position du numéro dans la série. Il fait partie du premier carré, celui des quatre numéros que presque tous les collectionneurs de Fantastic Four cherchent ensemble. Un numéro 4 complète une suite ; un numéro 4 manquant la casse. Cette logique de série, plus que la valeur individuelle du numéro, soutient la demande année après année.
La troisième raison est le personnage lui-même. Namor a tenu une série solo à partir de la fin des années 1960, a accompagné les grandes sagas marines, et revient régulièrement dans l'actualité au gré des adaptations. Chaque cycle d'attention sur le personnage se répercute sur ce numéro, parce qu'il en est la porte d'entrée moderne.
Ce qui fait varier la cote
Sur un numéro de 1962, l'état domine tout le reste. L'écart entre un exemplaire lu et un exemplaire proche du neuf ne se compte pas en pourcentages mais en multiples : un seul cran de grade, dans la zone haute de l'échelle, peut suffire à doubler la valeur, et le passage d'un exemplaire moyen à un exemplaire presque parfait se mesure en ordres de grandeur.
Trois défauts précis pèsent plus lourd que les autres sur ce numéro. L'agrafage central, d'abord : les comics de cette période se détendent au dos, et une agrafe rouillée ou migrante tire le grade vers le bas. La blancheur des pages ensuite, car le papier de 1962 jaunit, et un lot stocké au grenier se reconnaît au premier coup d'œil. Enfin les plis de lecture au bord gauche, conséquence directe du format kiosque.
Deux particularités de provenance modifient aussi le prix. Les exemplaires destinés au marché britannique portent une mention de prix en pence appliquée sur ou près du prix américain ; selon les acheteurs, c'est une curiosité recherchée ou une décote, et le marché ne s'accorde pas. Les exemplaires avec une étiquette de distributeur régional, ou une adresse manuscrite d'abonné, se négocient en général en retrait d'un exemplaire kiosque équivalent.
Vous collectionnez cette série ?
Suivez ce que vous possédez, ce qu'il vous manque et ce que vaut votre collection. Essai de 7 jours.
Commencer mon essai →Reconnaître l'original d'une réimpression
L'épisode a été réimprimé très souvent, ce qui est une bonne nouvelle pour lire et une source d'erreur pour acheter. Les lignes de réédition en noir et blanc, les anthologies cartonnées en couleurs, les intégrales reliées et les volumes de bibliothèque reprennent tous ce récit. Aucun de ces supports n'a de valeur de collection comparable à celle d'un exemplaire de mai 1962, et aucun ne cherche à le faire croire : la confusion naît des annonces, pas des éditeurs.
Le réflexe de vérification est simple. Un original porte la date de couverture et le prix américain en douze cents dans l'encadré du logo, une pagination de fascicule agrafé, et des publicités d'époque à l'intérieur : jouets, cours par correspondance, vente de cartes de vœux. Une réimpression se trahit par un papier blanc, un dos collé, un code-barres ou un prix hors de proportion avec 1962, ou l'absence totale de publicités.
Un cas demande plus d'attention : les éditions facsimilés modernes, qui reproduisent la couverture d'origine à l'identique. Elles portent normalement une mention d'édition et un prix contemporain, mais une couverture photographiée de près, recadrée sur le logo, peut ressembler trait pour trait à un original. Exigez une photo du dos complet et de la page de garde avant tout engagement, et si la série de ce numéro a bénéficié d'un tel tirage, considérez que l'ambiguïté existe et demandez-la lever par écrit.
Les pièges à l'achat
Le piège principal a déjà été nommé : l'annonce qui vend une première apparition. Il en existe une variante plus habile, qui écrit « premier Namor dans Fantastic Four ». La phrase est vraie et parfaitement inutile, mais elle laisse l'acheteur pressé lire ce qu'il espère. Lisez le libellé mot à mot, et tenez-vous à la formulation de réapparition.
Deuxième piège : les restaurations non déclarées. Sur un numéro de cette rareté, le nettoyage, le pressage, le recollage d'une déchirure ou le remplacement d'une agrafe sont fréquents. Le pressage ne constitue pas une restauration au sens strict mais modifie le rendu ; la retouche de couleur, la réparation à la colle et le comblement de trou doivent apparaître dans la description. Un vendeur qui ne mentionne jamais ces points sur un comic de 1962 n'a pas regardé, ou n'a pas voulu voir.
Troisième piège : la page manquante. Les coupons intérieurs et les pages de publicité découpées étaient banals en 1962, et un exemplaire amputé se vend légitimement, mais beaucoup moins cher. Demandez une confirmation explicite que l'exemplaire est complet, coupons compris. Si vous hésitez sur le prix relatif raisonnable à proposer, notre estimation vous donne un repère avant de négocier.
Les numéros voisins qui comptent
Fantastic Four #5, daté de juillet 1962, introduit Doctor Doom, et c'est aujourd'hui le numéro le plus demandé de la série après le premier. Le numéro 6, de septembre 1962, fait suite directe au vôtre puisqu'il associe Doom et Namor contre l'équipe : c'est la première alliance de vilains de l'ère Marvel, et il complète naturellement un achat du numéro 4. Le numéro 3, de mars 1962, apporte les costumes et le quartier général.
Plus loin dans la série, les numéros 48 à 50 de 1966 forment la trilogie où apparaissent Galactus et le Silver Surfer, et le numéro 52 de juillet 1966 introduit Black Panther, que vous retrouverez sur son hub dédié. Ces numéros appartiennent à une autre strate de collection, plus accessible en haut grade parce que les tirages et les habitudes de conservation avaient changé.
Pour le personnage lui-même, la piste se poursuit dans l'anthologie Tales to Astonish, où Namor obtient une série régulière à partir du milieu des années 1960, puis dans son propre titre à la fin de la décennie. Ces numéros se trouvent beaucoup plus facilement, et constituent une façon raisonnable d'étoffer un ensemble Namor quand le numéro 4 reste hors d'atteinte.
Ce que la notation change
Sur un numéro de 1962, la notation professionnelle n'est pas un luxe mais une infrastructure de marché. Elle fixe un grade, scelle l'exemplaire, et déclare les restaurations. Sans elle, l'acheteur à distance n'a que des photos et une parole, sur un objet où un dixième de point se paie cher. Dans la zone haute de l'échelle, la quasi-totalité des transactions passe par des exemplaires notés, et un exemplaire brut de grade annoncé élevé se vend presque toujours en retrait d'un exemplaire noté équivalent.
La contrepartie est qu'un grade n'est pas une vérité absolue : deux évaluations du même exemplaire à des années d'écart peuvent diverger d'un cran. Lisez l'étiquette en entier, bandeau, mention de qualification, commentaire de défaut. Sur un exemplaire de bas ou moyen grade, le coût de la notation se justifie rarement.
Suivre ce numéro dans une collection
La bonne pratique consiste à inscrire, dans votre inventaire, non seulement le numéro et la série mais les trois champs qui vous éviteront de vous répéter l'erreur : la nature de l'apparition, notée comme réapparition et non comme première apparition ; l'édition exacte, original de mai 1962, réimpression ou facsimilé ; et le détail de provenance, prix en pence ou étiquette de distributeur le cas échéant. Sans ces champs, un inventaire confond en quelques années l'exemplaire de lecture et l'exemplaire de collection.
Le catalogue sur lequel repose notre application distingue déjà les éditions et les réimpressions d'un même récit, ce qui permet de rattacher votre exemplaire à la bonne ligne plutôt qu'à un titre générique. Ajoutez-y votre propre note d'état et, si l'exemplaire est noté, le numéro de certificat : c'est le seul moyen de retrouver, dix ans plus tard, ce que vous avez exactement en main. Pour les mêmes réflexes appliqués aux autres numéros fondateurs de la série, le hub Fantastic Four rassemble nos fiches.
Reste la décision d'achat. Fantastic Four #4 n'est pas un numéro où l'on se précipite : il demande de savoir lire une annonce, d'accepter un grade modeste si le budget l'impose, et de refuser sans états d'âme toute description qui promet une première apparition. Vérifier avant de payer : la règle vaut pour tout le premier carré de 1961 et 1962.
Vous avez un Fantastic Four #4 de mai 1962, ou un lot des premiers numéros de la série, et vous voulez un repère de valeur avant de vendre ou d'assurer ?
Estimer mon comicQuestions fréquentes
Non. Namor a été créé par Bill Everett et publié chez Timely dans Marvel Comics #1 daté d'octobre 1939. Fantastic Four #4, de mai 1962, est sa première apparition de l'âge d'argent, c'est-à-dire sa réintroduction dans la continuité moderne. Toute annonce qui écrit « première apparition » sur ce numéro est inexacte.
Le scénario est de Stan Lee, le dessin de Jack Kirby, et la date de couverture est mai 1962. Comme pour tous les fascicules de kiosque de cette période, la date imprimée est postérieure à la mise en vente réelle de quelques semaines : elle sert de repère bibliographique, pas de date de parution.
Johnny Storm découvre dans un garni de la Bowery un vagabond amnésique dont le contact avec l'eau de mer réveille la mémoire : c'est Namor. Rentré à Atlantide, le prince la trouve dévastée, en tient les essais atomiques humains pour responsables, et lance la créature Giganto contre New York.
Un original de mai 1962 est un fascicule agrafé portant le prix américain en douze cents et des publicités d'époque à l'intérieur. Les rééditions en noir et blanc, les recueils cartonnés et les intégrales ont un papier blanc, un dos collé et aucune publicité de 1962. Méfiez-vous surtout des facsimilés, dont la couverture est reproduite à l'identique.
Le numéro 6, de septembre 1962, qui donne la suite directe en associant Doctor Doom et Namor contre l'équipe. Le numéro 5, de juillet 1962, reste la clé majeure de la série après le premier numéro puisqu'il introduit Doom. Pour suivre Namor seul, l'anthologie Tales to Astonish du milieu des années 1960 est bien plus accessible.