Les Éternels (2021), réalisé par Chloé Zhao, adapte les personnages cosmiques créés par Jack Kirby dans The Eternals #1 (1976). Le film met en scène ces êtres immortels (Sersi, Ikaris, Thena…), leurs ennemis les Déviants, et leurs créateurs les Célestes, ces dieux cosmiques géants. Il conserve la mythologie kirbyenne de la création de l'humanité mais réinvente la mission et la loyauté des Éternels. Comparaison détaillée, film contre comics.

Film le plus cosmique et le plus ambitieux de la saga à sa sortie, Les Éternels plonge dans l'une des créations les plus démesurées de Jack Kirby : une mythologie de dieux extraterrestres façonnant l'humanité depuis l'aube des temps. Sous la direction de la cinéaste Chloé Zhao, le film adapte ce matériau foisonnant tout en réagençant ses enjeux. Décryptage source par source.

Comme dans chaque article de la série, seules les informations vérifiées (distribution, dates, numéros, créateurs) sont affirmées ; l'analyse comparative est la nôtre, sans reproduire dialogue ni image protégée.

🎬 Le film

Titre : Les Éternels (2021)

Réalisatrice : Chloé Zhao

Acteurs : Gemma Chan (Sersi), Richard Madden (Ikaris), Angelina Jolie (Thena), Salma Hayek (Ajak), Kumail Nanjiani (Kingo), Brian Tyree Henry (Phastos), Kit Harington (Dane Whitman)

Sortie : 5 novembre 2021 (États-Unis)

Studio : Marvel Studios

📚 Les comics d'inspiration

The Eternals #1 (1976) — création de Jack Kirby

Les Célestes — dieux cosmiques créateurs

Les Déviants — race rivale, ennemis des Éternels

Sersi, Ikaris, Thena… — le panthéon kirbyen

✅ Ce que le film garde du comic
  • Les Éternels, êtres immortels aux pouvoirs cosmiques (Sersi, Ikaris, Thena…).
  • Les Célestes, dieux cosmiques géants créateurs de la vie.
  • Les Déviants, race monstrueuse rivale des Éternels.
  • L'idée que les Éternels ont inspiré les mythes et légendes de l'humanité.
  • La fresque millénaire traversant l'histoire humaine.
🔀 Ce que le film change
  • La mission des Éternels est réécrite : ils sont ici des instruments involontaires des Célestes.
  • Leur origine devient artificielle (créés par les Célestes) plutôt que le fruit d'une évolution.
  • Plusieurs personnages sont réinventés (genre, relations, pouvoirs).
  • Le film ajoute une dimension romantique et intime peu présente chez Kirby.
  • Le grand dilemme moral (sauver la Terre contre obéir aux Célestes) est propre au film.

The Eternals #1 (1976) : la mythologie de Kirby

Les Éternels sont l'une des créations les plus ambitieuses de Jack Kirby, qui les introduit dans The Eternals #1 (1976). Le concept est vertigineux : des dieux cosmiques géants, les Célestes, visitent la Terre à l'aube de l'humanité et expérimentent sur les primates, créant trois branches — les humains ordinaires, les Déviants instables et belliqueux, et les Éternels, immortels dotés de pouvoirs. Ces derniers auraient inspiré les mythes et les panthéons de l'humanité, de la Grèce antique aux légendes du monde entier. Le film reprend fidèlement cette architecture démesurée : les Éternels, les Déviants, les Célestes, et l'idée que ces êtres se cachent parmi nous depuis des millénaires, ayant façonné notre civilisation dans l'ombre.

Cette fresque traversant les âges, l'un des traits les plus marquants du matériau de Kirby, structure le film, qui déploie son récit sur des milliers d'années à travers l'histoire humaine. C'est une adaptation de l'échelle épique propre à l'imaginaire kirbyen.

Une mission et une loyauté réécrites

La grande liberté du film concerne la nature et la mission des Éternels. Chez Kirby et ses successeurs, les Éternels sont globalement des protecteurs de l'humanité, en lutte contre les Déviants. Le film complexifie considérablement leur rôle : ils sont ici des instruments créés par les Célestes pour préparer la Terre à un dessein cosmique qui pourrait signifier la fin de l'humanité. Cette révélation place les héros face à un dilemme déchirant : obéir à leurs créateurs ou trahir leur mission pour sauver les hommes qu'ils ont appris à aimer. Ce conflit moral, propre au film, transforme une mythologie de super-héros cosmiques en une réflexion sur le libre arbitre, la foi et la désobéissance. C'est une relecture ambitieuse, qui donne du poids à des personnages autrement difficiles à humaniser.

Un panthéon réinventé

Le film réinvente plusieurs Éternels par rapport à leurs versions kirbyennes. Certains changent de genre, d'apparence ou de pouvoirs ; leurs relations sont approfondies, notamment la romance entre Sersi et Ikaris, largement développée pour le film. Cette approche, qui privilégie l'intime et la diversité, tranche avec le registre plus mythologique et distant des comics de Kirby. Le film ajoute ainsi une couche émotionnelle et humaine à des figures conçues comme des dieux. Chloé Zhao, cinéaste au style contemplatif, imprime au film une sensibilité naturaliste inhabituelle pour la saga, avec des décors réels et une attention aux visages. Ce parti pris, clivant, illustre la volonté d'adapter le matériau cosmique de Kirby à une sensibilité contemporaine.

Les personnages, du papier à l'écran

Thanos, un Éternel méconnu

Un lien discret relie Les Éternels au reste de la saga : dans les comics, Thanos lui-même est un Éternel, plus précisément un Éternel de Titan, né avec une apparence déviante. Cette parenté cosmique, connue des lecteurs, ancre le grand méchant de la saga dans la mythologie que le film explore. Bien que le long-métrage ne développe pas ce lien, il rappelle que l'univers kirbyen des Éternels et des Célestes irrigue en profondeur toute la cosmologie Marvel. Les Célestes, en particulier, sont des acteurs récurrents des grandes sagas cosmiques, de la formation des Gardiens aux enjeux des Pierres de l'Infini. En adaptant cette mythologie, le film ouvre officiellement à la saga un pan essentiel de sa science-fiction.

Kirby, Gaiman et l'ambition d'une œuvre à part

Les Éternels occupent une place singulière dans l'œuvre de Jack Kirby. Créés en 1976, après son retour chez Marvel, ils portent la marque de son imagination la plus débridée et la plus métaphysique : rien de moins qu'une explication cosmique de l'origine de l'humanité, des mythes et des dieux. Cette ambition démesurée, qui brouillait les frontières entre science-fiction, mythologie et théologie, a longtemps déconcerté les lecteurs, habitués à des super-héros plus terre-à-terre. C'est peut-être pourquoi la série originale, malgré sa richesse, est restée moins célèbre que les créations des années 1960 du même auteur. Le film hérite de cette ambition et de ce risque : en adaptant un matériau aussi conceptuel, il assume de dérouter, quitte à diviser le public.

La relance signée Neil Gaiman et John Romita Jr. en 2006 avait déjà tenté de réactualiser ces personnages, en les ancrant davantage dans le présent Marvel et en interrogeant leur nature. Le film puise dans cet héritage double — l'audace originelle de Kirby et la relecture moderne de Gaiman — pour composer sa propre vision. Cette filiation exigeante explique le ton contemplatif et la gravité philosophique du long-métrage, à rebours du divertissement habituel de la saga. Pour le lecteur curieux, découvrir la série de Kirby après le film, c'est plonger dans l'un des projets les plus fous et les plus visionnaires jamais publiés par Marvel, signé de la main de son plus grand architecte visuel.

Par où commencer la lecture

La lecture fondatrice est la série originale de Jack Kirby, à partir de The Eternals #1 (1976), une œuvre foisonnante et visionnaire, typique de l'imagination débordante de son auteur. On peut ensuite explorer la relance de Neil Gaiman et John Romita Jr. (2006), qui a modernisé les personnages, ainsi que la série récente de 2021. Les curieux du lien avec Thanos trouveront dans les sagas de Jim Starlin l'exploration de son ascendance d'Éternel. De 1976 à aujourd'hui, ce parcours couvre les sources d'un film qui adapte l'une des mythologies les plus ambitieuses de Marvel, et récompense le lecteur prêt à se laisser emporter par l'imagination cosmique et sans limites de Jack Kirby.

Chronologie des comics à connaître

Côté collection : quels numéros viser après le film

Les Éternels met en avant une clé Bronze Age emblématique. The Eternals #1 (1976) est la pièce maîtresse, premier numéro de la série de Kirby, dont l'intérêt a grimpé avec l'annonce du film ; c'est un incontournable pour tout amateur de l'œuvre cosmique de Kirby. Les numéros suivants de la série originale, introduisant les différents personnages et les Célestes, sont autant de cibles. Les recueils de Kirby et la relance de Gaiman offrent la meilleure porte d'entrée en lecture, à budget maîtrisé. Comme toujours, l'état et la gradation déterminent la valeur ; l'appui sur des ventes récentes réelles est vivement conseillé. The Eternals #1 reste la cible prioritaire pour un collectionneur de cette mythologie, et l'un des rares numéros majeurs de la période tardive de Kirby encore accessible à un budget raisonnable.

Sa place dans la saga et pour le collectionneur

Les Éternels ouvre officiellement à la saga la mythologie des Célestes et des Éternels, un pan cosmique appelé à peser sur les récits futurs. Pour le collectionneur, le film a ravivé l'intérêt pour The Eternals #1 et l'œuvre tardive de Jack Kirby, souvent moins cotée que ses créations des années 1960 mais tout aussi visionnaire. Ce film illustre une nouvelle fois le pouvoir du cinéma de faire redécouvrir des trésors : la mythologie des Éternels, longtemps considérée comme une curiosité de fin de carrière de Kirby, gagne une nouvelle reconnaissance. Au-delà de la spéculation, il invite à explorer l'un des projets les plus ambitieux du plus grand dessinateur de Marvel, où se mêlent science-fiction, mythologie et interrogations métaphysiques. En adaptant cette œuvre exigeante, le film prend le pari de la grandeur cosmique, quitte à dérouter.

Le verdict : la mythologie de Kirby, humanisée

Les Éternels adapte l'une des mythologies les plus démesurées de Jack Kirby en y ajoutant une profondeur émotionnelle et un dilemme moral inédits. En réécrivant la mission des Éternels, le film transforme une fresque cosmique en réflexion sur le libre arbitre et l'amour de l'humanité. Pour le lecteur comme pour le collectionneur, c'est une invitation à découvrir l'œuvre visionnaire et méconnue du plus grand architecte de l'univers Marvel. Clivant mais courageux, le film assume une ambition rare : porter à l'écran une mythologie conceptuelle et philosophique, plutôt qu'un simple récit de super-héros. En cela, il rend justice à l'esprit de Kirby, dont les créations les plus folles n'ont jamais craint de viser plus grand — et rappelle que, derrière les blockbusters, se cachent les idées démesurées d'un dessinateur de génie.

Questions fréquentes

De la série créée par Jack Kirby, à partir de The Eternals #1 (1976), qui introduit les Éternels, les Déviants et les Célestes. Le film reprend cette mythologie tout en réécrivant la mission des personnages.

Des dieux cosmiques géants, créés par Kirby, qui ont visité la Terre à l'aube de l'humanité et créé les Éternels et les Déviants en expérimentant sur les primates. Ils sont des acteurs majeurs de la cosmologie Marvel.

Oui, dans les comics : Thanos est un Éternel de Titan, né avec une apparence déviante. Cette parenté cosmique ancre le grand méchant de la saga dans la mythologie que le film explore.

La mission des Éternels : chez Kirby, ce sont globalement des protecteurs de l'humanité ; le film en fait des instruments créés par les Célestes pour un dessein qui menace la Terre, ce qui crée un dilemme moral propre au film.

The Eternals #1 (1976), premier numéro de la série de Jack Kirby, est la pièce maîtresse. Les numéros suivants, introduisant les personnages et les Célestes, sont d'autres cibles intéressantes.

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