The Doom Patrol #1 est sorti le 2 septembre 2026 sous l'étiquette DC Next Level, écrit par Darcy Van Poelgeest, dessiné, encré et colorisé par Niko Henrichon : 24 pages, classé « Teen », prix de couverture annoncé par l'éditeur à 3,99 $. Le pitch officiel est inattendu : l'équipe est ruinée et se reconvertit en héros à gages, la première affaire étant la disparition d'un chat. Côté collection, les clés ne sont pas là. Elles sont dans My Greatest Adventure #80 (juin 1963, première apparition de l'équipe), Doom Patrol #99 (novembre 1965, première apparition de Beast Boy) et surtout dans le run de Grant Morrison ouvert au #19 (février 1989), qui amène Crazy Jane, puis la Confrérie Dada au #26 et Danny the Street au #35. Cet article classe tout cela par ordre de priorité réelle.
Il existe des équipes que l'on collectionne pour leurs personnages, et des équipes que l'on collectionne pour leurs auteurs. La Doom Patrol appartient sans ambiguïté à la seconde catégorie, et c'est ce qui la rend plus intéressante à étudier que les deux autres relances lancées le même jour par DC. Personne n'achète un numéro parce que Cliff Steele y figure. On achète parce qu'un scénariste précis y a pris la main, à un moment précis, et a transformé une série de catalogue en autre chose.
Cette particularité a une conséquence directe sur la manière d'aborder la relance de septembre 2026. Une nouvelle série de Batman se juge sur sa place dans la continuité ; une nouvelle série de Doom Patrol se juge sur l'identité de ses auteurs et sur la liberté qu'on leur laisse. C'est exactement l'angle sous lequel il faut lire l'affectation de Darcy Van Poelgeest et de Niko Henrichon, et c'est aussi la grille qui permet de hiérarchiser soixante-trois ans de numéros antérieurs sans se perdre.
Tout ce qui suit est daté et vérifiable. Ce qui ne l'est pas, parce que la série vient de démarrer et qu'aucune donnée de marché publique ne la concerne, n'est pas écrit.
Ce que la relance du 2 septembre 2026 annonce vraiment
Commençons par les faits publiés par l'éditeur, sans extrapolation. The Doom Patrol #1 est paru le mercredi 2 septembre 2026. Darcy Van Poelgeest est au scénario. Niko Henrichon signe le dessin, la couleur et la couverture, ce qui est un détail plus significatif qu'il n'y paraît : un dessinateur qui colorise lui-même impose une identité visuelle entière, non négociée avec un studio de couleur. Le numéro compte 24 pages, affiche un prix de couverture américain de 3,99 $ et porte la mention « Teen ».
Le pitch officiel est une surprise. L'équipe est financièrement à sec et adopte un modèle de héros à gages pour éviter l'effondrement, matériel autant que psychologique. Sa première mission ressemble à une plaisanterie : retrouver un chat disparu. L'affaire se révèle naturellement tout autre chose, et le texte de présentation annonce qu'à l'écart du regard de Robotman, d'Elasti-Girl et de Negative Man, une figure du passé de l'équipe s'apprête à franchir la frontière qui la sépare de leur réalité.
Trois enseignements s'en dégagent, et ils suffisent à cadrer l'achat.
Le casting n'est pas un casting de super-héros. Van Poelgeest vient de la bande dessinée d'auteur, où il a été primé aux Eisner. Henrichon s'est fait connaître sur des récits graphiquement très tenus, dont Pride of Baghdad et Spectators. Aucun des deux n'a de réputation construite sur la mécanique du feuilleton d'équipe mensuel. Sur une franchise ordinaire, ce serait une anomalie. Sur celle-ci, c'est la règle : les seules versions de la Doom Patrol qui ont laissé une trace durable ont toutes été confiées à des auteurs venus d'un autre registre.
Le trio affiché est le trio historique. Robotman, Elasti-Girl et Negative Man sont les membres de 1963. L'éditeur ne lance donc pas une équipe reconstruite autour de figures récentes : il revient au noyau d'origine. Pour qui veut remonter la généalogie du titre, cela signifie que les numéros les plus anciens restent pertinents, ce qui n'est pas toujours vrai lors d'une relance.
La classification « Teen » est une information éditoriale. Le titre n'est pas publié sous un label pour lecteurs adultes, contrairement à une partie importante de son histoire. C'est un choix de distribution assumé : DC veut cette série dans le flux principal, pas dans un rayon séparé. Nous y revenons plus loin, parce que c'est précisément la variable qui a déterminé la valeur de collection de ce titre pendant trente ans.
Ce qui n'est pas annoncé publiquement, en revanche, mérite d'être dit clairement : le nombre total de numéros prévus n'est pas communiqué, et aucun calendrier au-delà des premiers numéros n'est consolidé. Une série ouverte et une mini-série ne se collectionnent pas de la même façon, et l'information manque.
1963 : la première apparition, et une coïncidence de trois mois
La Doom Patrol n'a pas débuté dans un titre à son nom. Elle apparaît pour la première fois dans My Greatest Adventure #80, daté de juin 1963, un magazine d'aventure et de fantastique que l'éditeur cherchait à sauver en y injectant des super-héros. Arnold Drake et Bob Haney co-signent le scénario, Bruno Premiani dessine. Drake racontera plus tard avoir reçu la commande un vendredi pour une remise le mardi suivant, ce qui situe assez bien le niveau de préméditation éditoriale de l'opération.
Le concept, lui, est tout sauf bâclé. Trois rescapés dont les pouvoirs sont le produit direct d'un désastre personnel, rassemblés par un homme en fauteuil roulant, et traités par le monde extérieur comme des monstres plutôt que comme des sauveurs. Drake scénarisera ensuite l'intégralité des aventures de l'équipe jusqu'à la fin de cette première période, en 1968.
Trois mois après My Greatest Adventure #80 paraît, chez le concurrent, The X-Men #1, daté de septembre 1963. Une équipe de parias dotés de pouvoirs que la société rejette, encadrée par un mentor en fauteuil roulant, et confrontée à un groupe adverse dont le nom est presque celui de la Confrérie du Mal affrontée par la Doom Patrol. Drake a relevé la ressemblance et l'a signalée à sa hiérarchie, où elle n'a rencontré aucun soutien, au point qu'il a dû admettre qu'une coïncidence restait possible. C'est l'état documenté du dossier, et il est plus honnête de s'y tenir que de trancher : aucune preuve publique n'existe dans un sens ou dans l'autre.
Pour le collectionneur, cette proximité n'est pas une anecdote. Elle explique une partie du différentiel de notoriété, donc de demande, entre deux premières apparitions séparées par un trimestre. L'une a nourri un demi-siècle de cinéma et d'animation ; l'autre reste une pièce de connaisseur. Vous trouverez le repérage général des périodes et de leurs tirages dans notre guide des âges du comic book, et le hub consacré aux X-Men donne l'autre versant de l'histoire.
Les numéros qui comptent avant Morrison
Quatre jalons seulement, mais chacun répond à une logique de collection différente : la première apparition d'une équipe, le changement de titre, la première apparition d'un personnage devenu bien plus célèbre que la série, et une fin de série radicale.
My Greatest Adventure #80
C'est le numéro un, au sens propre : l'équipe entière y naît dans un magazine qui ne porte pas son nom. Deux difficultés le caractérisent. D'abord c'est une parution d'anthologie, donc tirée et conservée comme un magazine d'aventure et non comme un titre de super-héros, ce qui réduit fortement le nombre d'exemplaires en bel état. Ensuite son titre ne contient pas le mot « Doom Patrol », ce qui le rend invisible à qui cherche par nom de série.
Doom Patrol #99
Première apparition de Beast Boy, Garfield Logan. Le personnage quittera la Doom Patrol pour devenir un pilier des New Teen Titans, puis l'une des figures les plus exposées de l'éditeur à la télévision et en animation. Résultat : la demande sur ce numéro ne vient pas des lecteurs de Doom Patrol, elle vient d'ailleurs, et elle est bien plus large.
Doom Patrol #121
Drake conclut sa série en tuant l'équipe. En 1968, dans un comic de super-héros grand public, c'est une décision quasi inédite, et elle a durablement défini la réputation du titre : la Doom Patrol est l'équipe dont la mort est canonique. Toutes les reprises ultérieures ont dû composer avec cet héritage.
Showcase #94 et Doom Patrol vol. 2 #1
Showcase #94, avec Joe Staton au dessin, lance une équipe recomposée et introduit Celsius, Negative Woman et Tempest. Dix ans plus tard, Kupperberg ouvre un second volume en octobre 1987, dessiné par Steve Lightle. Ces deux jalons sont indispensables à la compréhension de la série et secondaires dans une hiérarchie d'achat : ils n'ont porté ni première apparition très demandée, ni run devenu référence.
Février 1989 : Morrison prend la série au numéro 19
Ce point de bascule est le cœur du dossier. Grant Morrison ne lance pas une nouvelle série : il reprend celle de Kupperberg en cours, au #19, daté de février 1989, avec Richard Case au dessin. Il n'y a donc aucun numéro 1 à acheter pour entrer dans le run le plus important du titre, ce qui est rare et a longtemps joué en faveur du collectionneur attentif.
Ce que Morrison installe est documenté et vérifiable : un récit qui traite frontalement de santé mentale, d'identité de genre et de découverte de soi, dans un registre ouvertement surréaliste. Trois numéros concentrent les premières apparitions qui en découlent.
Doom Patrol #19
Premier numéro du run, et première apparition de Crazy Jane. Le personnage, de son nom civil Kay Challis, porte un trouble dissociatif né d'un traumatisme d'enfance, avec soixante-quatre personnalités dotées chacune de capacités distinctes. Morrison a indiqué s'être appuyé sur un récit autobiographique publié sur le sujet, ce qui éclaire le traitement, très éloigné de l'accident de laboratoire habituel.
Doom Patrol #26
Morrison remplace la Confrérie du Mal des années 1960 par une Confrérie Dada vouée à l'absurde, menée par Mr. Nobody. Le geste est programmatique : il ne s'agit plus d'affronter des criminels mais une esthétique. Ce numéro est la deuxième clé du run par ordre de demande, portée par l'antagoniste que l'adaptation télévisée a rendu célèbre.
Doom Patrol #35
Numéro double sur le plan des clés : il introduit Flex Mentallo et Danny the Street. Flex connaîtra une mini-série en quatre épisodes en 1996, ce qui lui donne une base de collectionneurs propre. Danny est une rue vivante et consciente, capable de s'insérer dans n'importe quel tissu urbain, et dont la conception interroge les codes de la virilité héroïque. Le nom est un jeu de mots sur celui d'un artiste de music-hall irlandais, « la rue » venant du français.
Le run s'arrête au #63. Soit quarante-cinq numéros consécutifs, lisibles d'un bloc, sans crossover obligatoire, sur un titre dont la numérotation ne redémarre jamais. Pour un lecteur, c'est l'une des entrées les plus confortables du catalogue DC. Pour un collectionneur, c'est un objectif fini et chiffrable, ce qui est appréciable quand tant de runs modernes se dispersent en séries parallèles.
1993 : le passage sous l'étiquette adulte, et ce que cela change
Le numéro suivant, le #64, est le premier numéro du titre publié sous l'étiquette destinée aux lecteurs adultes que DC met en place en 1993. Rachel Pollack reprend l'écriture et la mène jusqu'au #87, en février 1995, où la série s'arrête.
Cette bascule est plus qu'un changement de logo, et elle a trois effets très concrets qu'un collectionneur doit avoir en tête.
Elle modifie le lectorat, donc les tirages. Un titre adressé aux adultes vend moins, mais à des acheteurs qui conservent mieux. Résultat contre-intuitif : des numéros peu tirés peuvent se trouver en meilleur état moyen que des numéros à gros tirage de la même période.
Elle rebat la hiérarchie interne du titre. Dans l'histoire d'une série, le passage sous un label d'auteur crée presque toujours un deuxième point d'entrée identifiable, distinct du numéro 1. Ici, le #64 joue ce rôle. Il est largement moins recherché que le #19, et c'est logique : il ouvre une période qui n'a pas produit de première apparition majeure. Il reste le numéro qu'il faut connaître pour comprendre la structure du titre, et pour ne pas confondre deux périodes très différentes vendues sous la même numérotation.
Elle inscrit la Doom Patrol dans une famille éditoriale. Le label n'a pas inventé ce registre, il a regroupé des séries qui existaient déjà. Notre histoire de cette étiquette chez DC retrace cette construction, et la sélection des numéros clés qu'elle a produits permet de situer la Doom Patrol parmi ses voisines.
C'est ici que la relance de 2026 prend un relief particulier. En publiant The Doom Patrol #1 en classement « Teen », au sein d'une étiquette destinée à remettre en production des personnages de second rang, DC fait l'inverse du mouvement de 1993. L'éditeur parie que l'étrangeté de cette équipe peut tenir dans le flux grand public, alors que trente ans d'histoire éditoriale suggèrent qu'elle a surtout prospéré à la marge. C'est le vrai enjeu de la série, bien plus que l'identité du chat disparu.
Après 1995 : trois reprises et une leçon
La suite tient en trois dates et confirme la règle énoncée en ouverture. John Byrne relance le titre en août 2004. Keith Giffen en lance une autre version en février 2009, annulée en mai 2011. Gerard Way et Nick Derington ouvrent une nouvelle série le 14 septembre 2016 sous le label alternatif monté autour de ce projet, pour douze numéros, prolongés par une suite publiée de juillet 2019 à juillet 2020.
De ces trois tentatives, celle de 2016 est la seule qui ait créé une demande de collection durable, et pour la même raison que 1989 : un auteur venu d'ailleurs, une liberté de ton élargie, une identité graphique forte. Les deux autres, confiées à des professionnels chevronnés du super-héros classique, n'ont pas laissé de clé.
La leçon est utilisable immédiatement, et elle vaut mieux qu'une prévision. Sur ce titre, la valeur de collection suit l'écart par rapport à la norme éditoriale, pas la notoriété de la signature. Un auteur reconnu qui applique la grammaire habituelle du genre n'a jamais produit de numéro recherché ici. Un auteur inattendu à qui on laisse la main l'a fait deux fois.
La hiérarchie d'achat, dans l'ordre
Voici l'ordre que nous recommandons, du plus solide au plus discutable. Il ne dépend d'aucune cote et reste valable quelle que soit l'évolution du marché.
Doom Patrol #19, avant tout le reste
Première apparition de Crazy Jane et ouverture du run qui définit le titre. C'est le seul numéro de cette série qui réunit les deux moteurs de demande : une première apparition identifiable et un point d'entrée de run. Il n'est pas signalé comme tel sur sa couverture, ce qui le rend encore accessible dans des lots de fin des années 1980.
Doom Patrol #99 si votre intérêt dépasse la Doom Patrol
Première apparition de Beast Boy. À privilégier sur le #19 dans un seul cas : si vous collectionnez aussi les Teen Titans ou si vous raisonnez sur la seule période de l'âge d'argent. La demande y est plus large mais vient d'un autre univers de collection, et l'état disponible est nettement plus contraint.
Les #26 et #35 pour consolider le run
Confrérie Dada d'un côté, Flex Mentallo et Danny the Street de l'autre. Ce sont les deux numéros à sécuriser avant de compléter le reste du run au fil des occasions, parce que ce sont ceux dont la demande est portée par des personnages indépendamment de la série.
Le run complet #19 à #63 en lecture, pas en pièces
Quarante-cinq numéros sans prime particulière hors des trois clés ci-dessus. Les recueils sont réédités régulièrement et constituent la voie raisonnable pour lire. Acheter le run à l'unité ne se justifie que si vous visez une homogénéité d'état sur l'ensemble.
My Greatest Adventure #80 quand le budget et la patience le permettent
Pièce historique et numéro le plus difficile du dossier. Deux précautions : vérifier qu'il s'agit bien du #80 et non d'un numéro voisin de la même anthologie, et accepter qu'un exemplaire de 1963 en état moyen reste un bon achat sur ce titre, l'offre en haut grade étant structurellement minuscule.
The Doom Patrol #1 de 2026 en exemplaire de lecture
Prenez-le en couverture standard si la série vous intéresse, lisez-le, et conservez-le proprement sans décider tout de suite. Aucun élément objectif ne permet aujourd'hui de dire ce que ce numéro deviendra. Un exemplaire bien rangé pourra être gradé dans deux ans ; l'inverse n'existe pas.
Les trois signaux à suivre sur la nouvelle série
Plutôt que de guetter des prix, trois indicateurs vérifiables diront assez vite ce que cette relance vaut comme objet de collection.
Le format réel. Tant que l'éditeur n'annonce pas un nombre de numéros, la série est à traiter comme ouverte, donc susceptible de s'arrêter à tout moment. La publication d'un terme, ou au contraire d'un calendrier long, est la première information qui changera la donne.
La « figure du passé » annoncée. Le texte de présentation évoque un revenant qui s'apprête à franchir la frontière vers le monde de l'équipe, sans le nommer. Si cette figure est un personnage existant, le numéro concerné sera un numéro de retour, catégorie qui compte peu. S'il s'agit d'une création, ce sera une première apparition, catégorie qui compte beaucoup. Toute la différence de potentiel tient là.
La tenue du deuxième et du troisième numéro. C'est entre le #1 et le #3 qu'une série de catalogue perd l'essentiel de ses commandes. Une relance qui tient son rythme sur ce segment a une chance d'installer des personnages ; une relance qui décroche produira au mieux une curiosité courte. Un suivi numéro par numéro suffit à le constater sans rien lire d'autre.
Une dernière remarque, qui vaut pour les trois relances du 2 septembre 2026 et singulièrement pour celle-ci. La Doom Patrol n'a jamais été un titre de gros volumes. Sa valeur de collection s'est construite sur des numéros que peu de gens ont achetés à l'époque, parce qu'ils paraissaient sans enjeu. C'est le profil inverse d'un lancement attendu et surcommandé. Si la série de 2026 produit une clé, elle sera probablement découverte après coup, dans un numéro dont personne n'aura parlé le jour de sa sortie. Garder une trace de ce que l'on possède est, dans cette configuration, plus utile qu'anticiper.