Die Spinne est le nom allemand historique de Spider-Man. Le personnage apparaît en Allemagne dès 1966 dans la collection Hit Comics du Bildschriftenverlag (BSV). La série propre Die Spinne paraît ensuite chez Williams, maison hambourgeoise fondée en octobre 1973 sous l'égide du groupe Warner, de janvier 1974 à novembre 1978, soit 100 numéros. En 1979, la licence passe à Condor, qui publie des fascicules, des albums et surtout des livres de poche réunissant environ cinq épisodes américains, aux textes souvent abrégés. La valeur de ces éditions ne se calcule pas comme celle des originaux américains : ce sont des rééditions traduites, sans première apparition. Elle dépend de l'éditeur, du format, de l'état et de la complétude, et se mesure sur le marché allemand de l'occasion, pas sur les cotes américaines.
Dans beaucoup de greniers allemands dorment des piles de fascicules marqués Die Spinne, achetés en kiosque dans les années 1970 ou au début des années 1980. Leurs propriétaires, ou leurs héritiers, se posent tôt ou tard la même question : combien ça vaut ? La réponse honnête commence par une identification précise, parce que trois éditeurs successifs ont publié Spider-Man en Allemagne pendant cette période, dans des formats très différents.
Cet article est pensé pour ce public : celui qui cherche à « Comic Wert ermitteln », à faire une estimation de ses comics allemands, sans connaître le marché américain. Il ne donne aucune cote chiffrée, parce qu'aucune source fiable et datée n'en publie pour ces éditions. Il donne en revanche la méthode pour identifier ce que vous avez entre les mains, et les critères qui font monter ou descendre la valeur.
Avant Williams : Hit Comics et le Bildschriftenverlag
Les super-héros américains arrivent en Allemagne de l'Ouest par une maison d'Aix-la-Chapelle, le Bildschriftenverlag, abrégé BSV. Fondé à Hambourg en 1956, il s'était fait connaître avec une collection de classiques illustrés et publiait des séries sous licence d'éditeurs américains. À partir de 1966, sa collection Hit Comics présente pour la première fois des personnages de Marvel au public allemand, sous des noms traduits qui font aujourd'hui sourire : Die Spinne pour Spider-Man, Der Eiserne pour Iron Man, Halk pour Hulk, Devil-Man pour Daredevil, X-Männer pour les X-Men.
La même année, le BSV est racheté par l'éditeur américain qui deviendra DC, lui-même absorbé ensuite par le groupe Warner. Ce détail explique une curiosité de l'histoire allemande : pendant plusieurs années, les héros de Marvel y sont publiés par une société appartenant au groupe propriétaire de son principal concurrent. En 1971, Warner décide de publier en Europe sous une marque unique, Williams. Les fascicules du BSV portent alors la mention d'un département Williams, puis, en octobre 1973, une maison Williams indépendante est fondée à Hambourg. Le BSV est dissous en 1974.
Pour un collectionneur, cette phase BSV est la plus ancienne et la moins homogène. Les numéros de Hit Comics mélangent plusieurs personnages, et la présence de Spider-Man y est intermittente. Si vous possédez des fascicules antérieurs à 1974 portant le logo BSV, vous êtes devant les toutes premières traces de Spider-Man en allemand.
Williams, 1974-1978 : les 100 numéros de Die Spinne
Die Spinne, éditions Williams
C'est la série que la plupart des collectionneurs allemands désignent quand ils parlent de Die Spinne. Pendant près de cinq ans, elle publie en traduction les aventures américaines de Spider-Man, au rythme du kiosque. La série s'arrête au numéro 100, en novembre 1978, à la fin de la licence chez cet éditeur.
La nature de ces fascicules doit être bien comprise. Il s'agit de rééditions traduites d'épisodes déjà parus aux États-Unis quelques années plus tôt. Un numéro de Die Spinne n'est donc jamais la première apparition d'un personnage, même s'il reprend l'épisode américain où ce personnage débutait. Le marché américain réserve ses prix forts aux éditions d'origine ; les éditions étrangères forment un marché parallèle, porté par la nostalgie locale.
Ce marché parallèle n'est pas négligeable. Les lecteurs allemands qui ont découvert Spider-Man dans ces fascicules ont aujourd'hui l'âge et les moyens de racheter les numéros de leur enfance. La demande existe, mais elle est géographiquement concentrée : elle se mesure en Allemagne, en Autriche et en Suisse germanophone, presque pas ailleurs.
Condor, à partir de 1979 : le règne du livre de poche
Die Spinne, éditions Condor
En 1979, la licence passe à Condor, maison hambourgeoise fondée en 1973. Condor publie Spider-Man sous le titre maintenu de Die Spinne, aux côtés d'autres séries Marvel : Die Rächer pour les Avengers, Der mächtige Thor, Hulk, Captain America, Die Fantastischen Vier, Die Gruppe X puis Die neuen X-Men pour les X-Men.
Le format de poche est la grande spécificité de Condor. Réduire des planches américaines au format d'un livre de poche oblige à resserrer le texte : les traducteurs, parmi lesquels Michael Nagula, coupaient souvent largement les dialogues. Pour un lecteur, c'est une version appauvrie. Pour un collectionneur, c'est au contraire une signature : ces poches sont reconnaissables au premier coup d'œil, et ils ont une identité propre que n'ont pas les fascicules.
Condor a aussi produit des « Maxi Pockets » : deux livres de poche invendus, reliés ensemble sous une nouvelle couverture, en volumes d'environ 320 pages. Certains associaient même deux séries différentes, par exemple un poche de Hulk et un poche de Thor sous un titre commun. Ces volumes sont une solution de recyclage d'invendus, ce qui complique leur identification : leur contenu ne correspond pas toujours à leur titre.
Enfin, Condor publiait ses fascicules et albums le plus souvent sans publicité, en dehors des annonces pour ses propres produits. C'est un indice pratique pour distinguer un numéro Condor d'un numéro Williams, dont la mise en page de kiosque suivait d'autres usages.
Identifier ce que vous avez : la méthode
Regarder l'ours
En petits caractères, à l'intérieur de la couverture ou sur la dernière page, figurent le nom de l'éditeur, la ville et souvent l'année. Hit Comics et la mention BSV désignent la période d'avant 1974 ; Williams la période 1974-1978 ; Condor la période ouverte en 1979.
Mesurer le format
Un fascicule de kiosque, un album, un livre de poche et un Maxi Pocket de 320 pages ne se vendent pas au même public. Notez le format avant toute recherche de prix.
Relever le numéro
Pour la série Williams, le numéro de 1 à 100 suffit à situer le fascicule. Pour Condor, notez le titre exact et le numéro de volume, car plusieurs collections coexistaient.
Identifier le contenu américain
Repérez quel épisode original est traduit. Ce n'est pas une question de valeur directe, mais certains épisodes très recherchés aux États-Unis rendent leur traduction plus demandée.
Évaluer l'état honnêtement
Couverture, dos, coins, pages jaunies, découpages, inscriptions. Sur du papier de kiosque des années 1970, l'état fait la plus grande part de l'écart entre deux exemplaires.
Ce qui fait la valeur d'un Die Spinne
Sans avancer de chiffres, on peut décrire la hiérarchie relative que suivent ces éditions, comme la plupart des éditions étrangères de comics américains.
Le premier numéro d'une série. Le numéro 1 de la série Williams est l'objet le plus demandé, pour la même raison que partout : il ouvre la collection, il a souvent été lu, abîmé ou jeté plus que les autres, et il sert de pièce d'appel à qui veut commencer. Les premiers numéros d'une collection Condor jouent un rôle comparable, à moindre échelle.
La collection complète. Une série close de 100 numéros, réunie en bon état homogène, vaut en général plus que la somme de ses numéros vendus à l'unité, parce qu'elle épargne à l'acheteur des années de recherche. Si vous êtes à quelques numéros de la série complète, il peut être judicieux de la compléter avant de vendre.
Le contenu traduit. Un fascicule qui reprend un épisode américain célèbre, par exemple la mort d'un personnage majeur ou la première rencontre avec un grand adversaire, attire davantage. Ce n'est pas une première apparition, mais c'est souvent la première fois que ce récit a été lu en allemand, et le public de nostalgie s'en souvient.
L'état. Les exemplaires qui ont traversé cinquante ans sans pli ni déchirure sont rares, parce que ces fascicules étaient des objets de lecture, échangés dans les cours de récréation. Un exemplaire en très bel état se détache nettement du lot. À l'inverse, un fascicule découpé, annoté ou incomplet perd l'essentiel de son intérêt de collection.
Le format. Sur le marché, les fascicules de kiosque sont en général plus recherchés que les livres de poche, dont le texte a été abrégé. Les Maxi Pockets, nés du recyclage d'invendus, sont les moins prisés, sauf pour les collectionneurs qui cherchent précisément l'exhaustivité des formats Condor.
Comment se faire une idée du prix
Puisqu'aucune cote fiable et datée n'est publiée pour ces éditions, la seule méthode sérieuse consiste à observer les ventes réellement conclues sur le marché allemand de l'occasion, en comparant des exemplaires du même éditeur, du même numéro et d'un état comparable. Les prix demandés ne sont pas des prix de vente : seuls comptent les montants effectivement payés. Notre méthode générale pour estimer la valeur d'un comic précis s'applique ici pas à pas, et l'outil d'estimation gratuite aide à structurer la démarche.
Trois erreurs reviennent sans cesse. La première consiste à appliquer à un fascicule allemand la cote de l'épisode américain d'origine : les deux objets n'ont rien à voir. La deuxième consiste à confondre les éditeurs, et à estimer un poche Condor comme un fascicule Williams. La troisième consiste à surestimer l'état de ses propres exemplaires, réflexe naturel quand il s'agit de souvenirs d'enfance.
Une remarque enfin sur la certification. Faire certifier un fascicule étranger par un service comme CGC est possible pour certains formats, mais le coût de l'opération dépasse souvent l'écart de prix qu'elle peut produire sur ces éditions. Réservez-la, si elle est envisageable, aux exemplaires exceptionnels des numéros les plus demandés.
Les cousins européens
L'Allemagne n'est pas un cas isolé. Chaque grand pays européen a eu son ou ses éditeurs historiques de Spider-Man, avec des formats et des numérotations propres. Notre article sur les éditions Semic des années 1980 et 1990 traite un cas voisin dans le monde nordique et français, et celui sur les éditions mexicaines de Spider-Man montre comment un marché local peut, à l'inverse, intéresser des collectionneurs américains. La logique est partout la même : une édition étrangère vaut ce que son public local est prêt à payer, pas ce que vaut l'original.