Le film Clayface sort le 23 octobre 2026, réalisé par James Watkins, sur une histoire et un scénario original de Mike Flanagan réécrits par Hossein Amini, avec Tom Rhys Harries dans le rôle-titre. Et il y a une bonne nouvelle pour qui cherche « la première apparition de Gueule d'Argile » : elle n'existe pas au singulier. Au moins huit personnages ont porté le nom depuis 1940, chacun avec son propre premier numéro. Le film adapte explicitement Matt Hagen, le deuxième porteur, apparu dans Detective Comics #298 daté de décembre 1961. Mais il lui donne le métier du premier, Basil Karlo, acteur de cinéma, apparu dans Detective Comics #40 daté de juin 1940. Deux numéros, deux époques, deux prix d'entrée radicalement différents : savoir lequel vous intéresse est tout l'enjeu.
La plupart des sorties de films provoquent une ruée vers un numéro unique et facile à nommer. Un personnage, une première apparition, un objet à chercher. Gueule d'Argile casse ce réflexe, et c'est précisément ce qui le rend intéressant à collectionner. Le nom a changé de porteur huit fois en quatre-vingt-six ans, sans qu'aucune de ces successions n'efface la précédente. Les anciens porteurs reviennent, s'allient, se marient, ont des enfants qui deviennent à leur tour Gueule d'Argile. Résultat : il n'y a pas une première apparition, il y a une généalogie.
Cet article est écrit le 2 octobre 2026, trois semaines avant la sortie. Il fait donc deux choses, et seulement deux. D'abord la carte complète des porteurs du nom, avec le numéro exact et la date exacte de chacun, pour que vous sachiez ce que vous achetez quand vous achetez « un Clayface ». Ensuite l'identification précise de ce que le film adapte, parce que c'est vérifiable et que cela change la hiérarchie des numéros concernés.
Ce que cet article ne fait pas : annoncer des cotes. Aucune donnée de prix fiable et datée n'est disponible pour ces numéros à l'heure où ces lignes sont écrites, et un article qui vous donnerait un montant précis sur un comic de 1940 trois semaines avant la sortie d'un film inventerait. La hiérarchie relative, en revanche, est solide, et elle suffit largement à décider.
Pourquoi « la première apparition de Clayface » est une question mal posée
Gueule d'Argile n'est pas un personnage avec un costume que d'autres ont repris, comme Robin ou Batgirl. C'est un nom attaché à une condition physique, et la condition s'est transmise par des moyens différents à chaque fois : un déguisement, un bain de protoplasme, une injection, un héritage génétique. Chacun de ces mécanismes a produit un porteur distinct, avec son propre numéro de départ, et aucun n'a été rétroactivement annulé.
Pour un collectionneur, cela a trois conséquences très concrètes. Premièrement, une annonce vendue comme « première apparition de Clayface » peut désigner huit objets différents, dont les écarts de rareté se comptent en ordres de grandeur. Deuxièmement, le porteur que le grand public reconnaît n'est pas toujours celui que les comics ont installé en premier. Troisièmement, quand un film sort, il n'actualise pas tous les porteurs à la fois : il en désigne un, et c'est celui-là qui bouge.
La bonne question n'est donc pas « quel est le premier Clayface ». C'est « quel Clayface, et pour quelle raison ». La carte ci-dessous répond à la première moitié.
La carte des huit porteurs du nom
Chaque fiche donne le numéro de première apparition, la date de couverture et les créateurs. Ce sont les seuls éléments à retenir si vous ne gardez qu'une chose de cet article.
Basil Karlo · Detective Comics #40
Le premier porteur est un acteur de second rang, spécialisé dans l'horreur et la romance, qui perd la raison en apprenant que le remake du film qui l'avait fait connaître se tournera sans lui. Il reprend alors le costume d'un méchant qu'il avait incarné à l'écran et commet des meurtres sur le tournage. Détail capital, et presque toujours ignoré : ce Gueule d'Argile n'a aucun pouvoir. Il porte un masque d'argile. La capacité à se déformer, celle que le nom évoque aujourd'hui, il ne l'acquerra que des décennies plus tard, en s'injectant des prélèvements cellulaires de ses successeurs.
Matt Hagen · Detective Comics #298
Vingt et un ans après Karlo, le nom repart de zéro avec un personnage sans rapport : un chasseur de trésors qui découvre dans une grotte une mare de protoplasme radioactif, s'y immerge par accident et en ressort capable de prendre n'importe quelle forme. C'est lui qui installe le Gueule d'Argile que tout le monde a en tête, celui qui se liquéfie et se remodèle. C'est aussi le seul des huit dont le film de 2026 reprend le nom.
Preston Payne · Detective Comics #477 puis #478-479
Voici le cas où la précision bibliographique change l'objet que vous achetez. Preston Payne apparaît à la fin de Detective Comics #477, et sa première apparition complète se trouve dans les #478 et #479. Les deux mentions circulent, et elles ne désignent pas le même fascicule. Payne souffre d'hyperpituitarisme, obtient du sang de Matt Hagen pour en isoler une enzyme et se l'injecte. Les pouvoirs de métamorphose ne durent pas : sa chair se met à fondre, et tout contact transmet la dissolution. D'où l'exosquelette qu'il ne quitte plus.
Sondra Fuller · The Outsiders #21
La quatrième porteuse, parfois appelée Lady Clay, n'apparaît pas dans un titre Batman mais dans The Outsiders, l'équipe dérivée. C'est une donnée pratique importante : qui cherche l'intégralité de la généalogie en suivant seulement Detective Comics et Batman passera à côté d'elle. Elle entre ensuite dans l'histoire du personnage en se faisant passer pour l'héroïne Looker afin d'approcher Preston Payne à Arkham, et tombe amoureuse de lui au terme de l'affaire.
Cassius « Clay » Payne · Batman: Shadow of the Bat #27
Payne et Fuller finissent par se marier et avoir un enfant, qui hérite de leurs deux conditions. Son nom est un clin d'œil au nom de naissance du boxeur Muhammad Ali. C'est le premier porteur du nom à ne pas l'avoir acquis par accident ni par choix, mais par naissance, ce qui transforme Gueule d'Argile en lignée plutôt qu'en série de coïncidences.
Peter Malley · Batman #550
Sixième porteur, issu de la fin du run de Doug Moench et Kelley Jones sur la série principale. Il appartient à la catégorie des porteurs épisodiques, ceux que le nom a traversés sans qu'une mythologie durable s'installe. Pour la collection, c'est une entrée à connaître pour ne pas se tromper sur une description de vente, pas un objectif en soi.
« Todd Russell » · Catwoman #1
Cas remarquable : ce porteur est secondaire, mais le fascicule qui l'introduit est l'un des plus recherchés de cette page, et pas du tout pour lui. Catwoman #1 de 2001 ouvre la série d'Ed Brubaker et Darwyn Cooke, un relancement dont l'influence graphique dépasse largement le personnage. C'est un numéro que les collectionneurs cherchent pour le costume, le dessin et le ton, sans toujours savoir qu'il contient aussi une entrée de la généalogie Gueule d'Argile.
Johnny Williams · Batman: Gotham Knights #60
Huitième et dernier porteur recensé, dans une série secondaire des années 2000 aujourd'hui peu suivie. Il ferme la liste et sert surtout de borne : quand quelqu'un vous dit « le dernier Clayface », c'est de lui qu'il parle, et non du personnage qui tient aujourd'hui le rôle dans la continuité, qui est redevenu Basil Karlo.
Ce que le film adapte, et ce qu'il recompose
Voici le point le plus utile de cet article, et il est vérifiable : le film reprend le nom de Matt Hagen, deuxième porteur, tout en lui donnant le métier de Basil Karlo, le premier. Le personnage présenté est une vedette de cinéma en pleine ascension qui, après une grave défiguration du visage, se propose comme sujet d'essai pour une reconstruction, subit des effets secondaires et voit son corps se transformer en argile vivante, jusqu'à ne plus se reconnaître.
Dans les comics, le chasseur de trésors Hagen n'a jamais été acteur, et l'acteur Karlo n'a jamais été protoplasmique à l'origine. Le film fabrique donc un porteur de synthèse : le nom et la condition physique de Clayface II, la profession et la logique tragique de Clayface I. Ce n'est pas un défaut d'adaptation, c'est un choix d'écriture, et il est cohérent avec le registre annoncé, celui de l'horreur corporelle.
Conséquence pour la collection, et elle est double. D'un côté, la désignation explicite de Matt Hagen met Detective Comics #298 en première ligne : c'est le numéro dont le film porte le nom du personnage. De l'autre, le choix du métier d'acteur rouvre l'intérêt narratif de Detective Comics #40, parce que c'est là, et nulle part ailleurs, que se trouve l'histoire d'un comédien écarté d'un tournage qui devient un monstre. Les deux numéros sont concernés, pour deux raisons différentes, et ils ne jouent pas dans la même catégorie d'accessibilité.
Le film est par ailleurs annoncé comme le troisième de l'univers cinématographique DC en construction, dans son premier chapitre. Le tournage s'est achevé le 1er novembre 2025 et la post-production est terminée côté montage. Au casting, Naomi Ackie et Max Minghella figurent aux côtés de Tom Rhys Harries, avec notamment Eddie Marsan et David Dencik en soutien.
L'arc qui relie les porteurs entre eux
Si vous ne devez lire qu'une histoire pour comprendre pourquoi cette généalogie tient debout, c'est celle du Mud Pack, ouverte dans Detective Comics #604 daté de septembre 1989, sur le titre alors tenu par Alan Grant et Norm Breyfogle. Un numéro de Secret Origins paru le même mois accompagne l'arc.
Le principe est simple et efficace : Basil Karlo, le porteur de 1940 sans pouvoirs, propose aux autres de s'allier contre Batman. Sondra Fuller fait sortir Preston Payne d'Arkham en se faisant passer pour une héroïne, l'alliance se forme, affronte Batman et se défait. Karlo trahit alors ses complices, leur prélève du sang et s'injecte les deux conditions pour devenir ce qu'il appelle lui-même le Gueule d'Argile ultime, à la fois capable de se métamorphoser et de dissoudre au toucher.
C'est le pivot de toute l'histoire du nom. Avant 1989, il y a quatre personnages sans rapport qui partagent un alias. Après, il y a une famille, une hiérarchie et un porteur dominant qui a absorbé les autres. C'est aussi ce qui explique que le Karlo des comics récents ait des pouvoirs que le Karlo de 1940 n'avait pas, incohérence apparente qui déroute beaucoup de lecteurs arrivés par les écrans.
Pourquoi votre souvenir du personnage ne correspond à aucun numéro
Une grande partie du public francophone connaît Gueule d'Argile par la série animée du début des années 1990, où il est doublé par Ron Perlman et apparaît pour la première fois dans l'épisode Feat of Clay. Cette version porte le nom de Matt Hagen, mais son origine est entièrement réécrite : ni grotte, ni protoplasme, mais un industriel corrompu et une crème de beauté addictive.
Autrement dit, la version la plus répandue du personnage est déjà un hybride, exactement comme celle du film de 2026. Le nom vient du deuxième porteur, l'histoire ne vient de nulle part dans les comics. C'est une raison supplémentaire de ne pas acheter un numéro sur la foi d'un souvenir : l'objet imprimé qui correspond à votre Gueule d'Argile mental n'existe peut-être pas.
Cette distinction vaut aussi pour la suite. Si le film marche et qu'une suite reprend son propre personnage, les numéros concernés resteront ceux de Hagen et de Karlo, pas une nouvelle série dédiée qui n'existe pas. Aucune publication liée au film n'est annoncée à ce jour.
Le porteur actuel est un allié, et c'est récent
Depuis 2016, dans la continuité issue de Rebirth, Basil Karlo n'est plus un adversaire mais un membre de l'équipe réunie par Batman, après avoir été capturé et équipé d'un dispositif qui lui permet de conserver une forme humaine. Il cherche un traitement définitif. Le point de départ est Detective Comics #934, daté d'août 2016, sous la plume de James Tynion IV, et son parcours se poursuit sur une longue série de numéros du titre, dont les #943, #948, #959, #963 et #964, puis les #970 à #974 et le #981.
Pour la collection, cet ensemble forme un bloc cohérent et moderne, donc abordable, qui donne au personnage une épaisseur que les premières apparitions ne contiennent pas. C'est la recommandation de lecture la plus simple de cet article : commencez par là si vous voulez comprendre le personnage, et gardez Detective Comics #40 et #298 comme objectifs de collection distincts.
Comment aborder ces numéros à trois semaines de la sortie
La méthode qui suit ne suppose aucune information que vous n'ayez pas déjà, et elle fonctionne quel que soit votre budget.
Choisissez votre porteur avant de regarder une seule annonce
Hagen pour suivre le film, Karlo pour l'âge d'or et la logique du personnage, Payne pour une pièce des années 1970 encore raisonnable, Fuller ou Cassius pour compléter la généalogie à moindre effort. Un objectif nommé vous protège de l'achat d'opportunité.
Vérifiez le numéro exact, pas le nom du personnage
Une description qui annonce « première apparition de Clayface » sans numéro ne dit rien. Exigez le titre, le numéro et la date de couverture, et contrôlez-les contre la carte ci-dessus. Le cas Payne, caméo en #477 et apparition complète en #478-479, est le piège le plus courant.
Sur un fascicule de 1940, traitez l'état avant le prix
Un comic de l'âge d'or se juge à la solidité du dos, à la fraîcheur de la couverture, à l'absence de restauration non déclarée. Une pièce de cette époque justifie une certification par un service de notation, ne serait-ce que pour écarter la restauration cachée. Notre guide sur la notation CGC détaille ce que chaque palier implique.
Ne décidez pas dans la semaine de sortie
Les trois semaines qui précèdent et qui suivent une sortie sont les pires pour acheter : l'offre se raréfie, les annonces se multiplient et les descriptions deviennent approximatives. Si l'objectif est la collection et non le pari, la fenêtre utile s'ouvre après, pas avant.
Enregistrez ce que vous possédez déjà
Sur une généalogie répartie entre quatre séries et huit numéros, le doublon est la dépense la plus facile à éviter. Une liste tenue à jour dans une application de collection répond à la question en deux secondes, y compris en magasin.
Ce que nous n'écrivons pas, et pourquoi
Trois absences dans cet article sont volontaires. Premièrement, aucun montant. Les mouvements de prix autour de ces numéros à l'approche de la sortie ne font l'objet d'aucune publication fiable et datée, et un chiffre inventé est pire qu'une absence de chiffre. Ce qui est solide, c'est la hiérarchie : Detective Comics #40 très au-dessus de tout le reste, #298 ensuite, puis le groupe #477-479, puis les porteurs des années 1990 et 2000, largement accessibles. Pour une fourchette actualisée sur un exemplaire précis, une estimation appuyée sur des ventes réellement observées vaut mieux qu'une moyenne de catalogue.
Deuxièmement, aucune annonce de convention. Des panels DC sont programmés en octobre 2026, et il est raisonnable d'attendre que le film y soit évoqué, mais rien n'y a été dit à l'heure où ces lignes sont écrites. Si une publication liée au personnage est annoncée, elle le sera après la rédaction de cet article.
Troisièmement, aucune hypothèse sur une suite, un spin-off ou une série dérivée. Le film sort dans trois semaines, et son accueil est inconnu. La seule chose que l'on puisse dire avec certitude, c'est que les numéros listés ici existeront toujours après, quel que soit cet accueil, et que c'est exactement pour cette raison qu'ils se collectionnent mieux que les paris.