Bone #1 paraît en juillet 1991 chez Cartoon Books, la structure que Jeff Smith a créée pour publier lui-même sa série. Smith y signe le scénario, le dessin, l'encrage et le lettrage, en noir et blanc. Le numéro présente Fone Bone, Phoney Bone et Smiley Bone chassés de leur vallée, et ouvre un récit que l'auteur mènera jusqu'au numéro 55, en 2004, sans jamais le céder. Le tirage initial, très réduit, explique la recherche dont ce numéro fait l'objet.
Un collectionneur qui s'intéresse à Bone #1 ne cherche pas un numéro rare par accident de marché : il cherche le point de départ d'une série de cinquante-cinq épisodes qu'un seul homme a écrite, dessinée, imprimée et expédiée pendant treize ans. La difficulté n'est pas de trouver un exemplaire, il en circule. Elle est de savoir lequel vous avez entre les mains, parce que ce premier numéro a été réimprimé un nombre de fois inhabituel, et parce que la série existe ensuite sous une seconde forme, en couleurs et chez un autre éditeur, qui n'a rien à voir avec le fascicule de 1991.
Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.
Bone #1, juillet 1991 : date, auteur, contenu
Le fascicule porte la date de juillet 1991 et le nom de Cartoon Books à l'indicia. Jeff Smith y assure la totalité du travail graphique et narratif. Il n'y a pas de coloriste, la série étant conçue en noir et blanc, et le lettrage est de la main de l'auteur, ce qui a une conséquence pratique pour l'acheteur : il n'existe aucune variante de crédits susceptible de distinguer deux états du numéro. Tout ce qui sépare un exemplaire d'un autre se lit dans la fabrication, pas dans le générique.
Le récit installe trois cousins au nom de famille Bone, Fone Bone, Phoney Bone et Smiley Bone, séparés après avoir quitté leur ville d'origine, et suit le premier dans une vallée inconnue où il croise une faune parlante et une menace qui se précise lentement. Le ton mélange la comédie de mœurs et le récit d'aventure, et le premier numéro fonctionne comme une ouverture complète : il présente les trois protagonistes, pose le dépaysement et laisse le conflit en suspens.
Le format est celui d'un comic book standard de l'époque, agrafé, avec une couverture dessinée par Smith. Le prix de couverture imprimé est un indice utile pour datation, nous y revenons plus bas, car il a changé d'une réimpression à l'autre.
Cartoon Books en 1991 : un éditeur qui tient en une adresse
Cartoon Books n'était pas une filiale ni un label : c'était la structure montée par Jeff Smith et Vijaya Iyer pour sortir Bone, assurer la facturation, la relation avec les distributeurs et l'expédition. Cela veut dire que la décision du tirage, en 1991, s'est prise avec les moyens d'un foyer et non avec ceux d'un service commercial. C'est l'explication mécanique de la rareté du premier numéro : personne n'a imprimé des dizaines de milliers d'exemplaires d'un titre que personne n'attendait.
Cette autonomie a tenu, avec une interruption. Au milieu des années 1990, une partie de la série a paru sous le label Image Comics avant que Smith ne la ramène chez Cartoon Books pour la conduire à son terme. Les bornes exactes de cet intervalle varient selon les sources, et c'est l'indicia de chaque numéro qui tranche : vérifiez-le sur l'exemplaire plutôt que de vous fier à une liste recopiée. Cette parenthèse ne concerne pas le numéro 1, mais elle crée une confusion fréquente chez les vendeurs, qui annoncent parfois une série « Image » en bloc.
Le point qui compte pour la valeur de collection est la fin : la série s'achève au numéro 55, en 2004, après treize ans de parution. Smith n'a pas vendu Bone, n'a pas confié la suite à une équipe, et n'a pas laissé la série se diluer en séries parallèles pendant sa publication. Un premier numéro dont la série est terminée, complète et close par son auteur ne se compare pas à un premier numéro dont la suite a été reprise par d'autres.
Pourquoi ce numéro est devenu une clé
Trois raisons se cumulent, et elles ne pèsent pas de la même façon selon le profil de l'acheteur.
La première est arithmétique. Le tirage initial est généralement donné autour du millier d'exemplaires, chiffre à manier comme un ordre de grandeur plutôt que comme une donnée certifiée. À cette échelle, la part qui a survécu en bel état après trente-cinq ans de manipulation, de lecture et de stockage amateur est faible, et elle ne se reconstituera pas.
La deuxième est la réputation acquise ensuite. Bone a accumulé les distinctions professionnelles au fil des années 1990 et s'est installé comme une référence du récit long en bande dessinée américaine. Le premier numéro a donc été recherché rétroactivement, par des lecteurs venus à la série par les recueils, c'est-à-dire par un public qui n'existait pas en 1991 et qui cherche aujourd'hui l'objet d'origine.
La troisième est la lisibilité du jalon. Il n'y a pas de numéro zéro antérieur, pas de prépublication dans une anthologie à gros tirage qui viendrait brouiller la question du « vrai » premier. Bone #1 de juillet 1991 est le point d'entrée, sans concurrent, ce qui est plus rare qu'il n'y paraît et simplifie la décision d'achat.
Ce qui fait varier la cote : état, tirage, provenance
Sur un fascicule de cet âge et de ce tirage, le facteur dominant est l'état, et il l'est plus fortement que sur un numéro imprimé à cent mille exemplaires. Quand le stock disponible en haut de l'échelle d'état se compte en dizaines d'exemplaires, un cran de grade peut faire plus que doubler la valeur, alors que le même écart reste modéré sur un titre abondant. L'écart entre un exemplaire lu et un exemplaire resté à plat depuis l'origine est ici une question de multiple, pas de pourcentage.
Le deuxième facteur est l'identification du tirage. Un premier tirage et une cinquième réimpression du même numéro n'appartiennent pas au même marché : l'un relève de la pièce de collection, l'autre du complément de lecture. C'est la vérification la plus rentable que vous puissiez faire avant de payer.
Le troisième est la signature. Jeff Smith a beaucoup dédicacé en convention pendant et après la parution de la série, ce qui rend les exemplaires signés relativement courants et les dédicaces non documentées peu valorisantes. Une signature sans preuve d'obtention ajoute peu, et peut même compliquer la revente si elle entame la couverture.
Reconnaître un premier tirage d'une réimpression
Bone #1 a été réimprimé de nombreuses fois, et c'est une bonne nouvelle pour l'acheteur attentif : Cartoon Books a généralement indiqué le rang du tirage. La mention se trouve dans l'indicia, en petits caractères, le plus souvent dans les premières pages. L'absence de toute mention de réimpression est l'indice positif que vous cherchez, mais elle ne suffit pas seule.
Croisez trois éléments. D'abord la mention de tirage elle-même, quand elle existe. Ensuite le prix de couverture imprimé, qui a évolué au fil des réimpressions : un prix supérieur à celui de 1991 signale une édition postérieure même si l'indicia est illisible. Enfin la mention de copyright et l'adresse de l'éditeur, qui ont changé quand la structure a déménagé.
Méfiez-vous aussi des éditions anniversaires et des reprises en fac-similé publiées plus tard, qui reprennent la couverture de 1991 de manière très fidèle. Sur ces objets, c'est la qualité du papier et la blancheur des blancs qui vous mettent sur la voie avant toute lecture de l'indicia : un papier trop propre pour son âge annoncé est un papier jeune.
Dernière confusion à écarter, la plus fréquente : la famille des éditions en couleurs. À partir de 2005, Bone a été repris en volumes colorisés chez l'éditeur scolaire Scholastic, sous le label Graphix, avec une mise en couleurs de Steve Hamaker. Ces volumes sont des recueils, pas des fascicules, et le premier d'entre eux contient le contenu du numéro 1 sans en être une réimpression. Un vendeur qui propose « Bone 1 » en couleurs ne vend pas le numéro de 1991, et le malentendu est souvent de bonne foi.
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Commencer mon essai →Les pièges à l'achat
Le piège le plus coûteux est l'annonce qui dit « Bone #1 » sans photographier l'indicia. Sur ce titre précis, c'est la seule information qui compte, et un vendeur sérieux la fournit sans qu'on la demande. Exigez une image lisible des petites lignes de copyright avant tout engagement.
Le deuxième est l'agrafe. Sur ces tirages, l'agrafage est parfois irrégulier d'origine, et il faut distinguer un défaut de fabrication, qui n'est pas un dommage, d'une agrafe forcée par un retrait de pochette. Demandez une vue du pli à plat.
Le troisième concerne les lots. Les ensembles « série complète 1 à 55 » contiennent très souvent un numéro 1 en réimpression, les vendeurs ayant complété leur collection avec ce qu'ils trouvaient. Ce n'est pas malhonnête, mais le prix demandé pour l'ensemble suppose parfois un premier tirage qui n'y est pas. Faites évaluer le numéro 1 séparément du reste.
Les autres numéros de la série qui comptent
Les tout premiers numéros qui suivent partagent la condition du premier : des tirages encore très faibles, montés progressivement au fil des commandes. Les numéros 2 à 5 sont ainsi nettement plus difficiles à trouver en bel état que des numéros situés plus loin dans la série, quand la diffusion avait pris de l'ampleur. Pour un collectionneur qui veut un ensemble homogène du début, c'est sur ces numéros qu'il faut porter l'effort, pas sur le 1 seul.
Les numéros parus sous le label Image Comics forment un segment intermédiaire : plus faciles à trouver, souvent mieux conservés, sans prime particulière.
Le numéro 55, qui clôt le récit en 2004, intéresse par symétrie une partie des collectionneurs, qui recherchent le couple ouverture et conclusion. Son tirage est sans commune mesure avec celui de 1991, mais sa demande est régulière, et son prix relatif reste modeste au regard du premier numéro.
Enfin, les séries dérivées et les hors-séries publiés autour de Bone circulent à des niveaux faibles et ne constituent pas un levier de valeur. Les inclure dans une collection relève du choix de lecteur.
Ce que la notation professionnelle change ici
Sur un fascicule à très petit tirage, l'encapsulation avec note joue un rôle particulier : elle ne sert pas d'abord à prouver l'état, elle sert à figer l'identification. L'étiquette porte la mention du tirage, ce qui coupe court à la discussion la plus risquée de la transaction. Pour Bone #1, c'est l'argument principal en faveur de la notation, avant la question du grade.
Le calcul reste à faire au cas par cas. Sur un exemplaire visiblement lu, le coût de la procédure et le délai se justifient mal : la note confirmera ce que les photos montraient déjà. Sur un exemplaire qui paraît très frais et dont l'indicia ne porte aucune mention de réimpression, l'opération se défend, parce qu'elle transforme un objet discutable en objet comparable.
Gardez en tête que la notation ne crée pas de rareté. Un exemplaire noté haut reste un exemplaire parmi ceux qui ont survécu, et le marché de Bone #1 est assez étroit pour que deux ventes rapprochées fassent bouger la référence de prix dans un sens comme dans l'autre.
Suivre Bone dans une collection
La règle de saisie est simple à poser et facile à oublier : enregistrez le rang de tirage dans la fiche, pas seulement le titre et le numéro. Une collection qui contient « Bone 1 » sans précision est une collection dont la valeur ne peut pas être estimée, parce que l'écart entre les deux hypothèses est trop large. Notez la mention exacte lue dans l'indicia, le prix de couverture imprimé et, si vous l'avez, la date d'acquisition.
Distinguez ensuite deux ensembles dans votre inventaire : les fascicules Cartoon Books et les recueils en couleurs. Les mélanger produit des doublons apparents et rend tout suivi de valeur illisible, puisque les deux familles ne suivent pas la même courbe. Un classement par éditeur règle la question une fois pour toutes.
Pour le reste de la série, visez l'homogénéité d'état plutôt que la complétude rapide. Un ensemble 1 à 55 dépareillé se revend mal, alors qu'un bloc de premiers numéros cohérent trouve preneur. Si vous hésitez sur ce que vaut votre exemplaire dans son état réel, une estimation fondée sur le tirage identifié vaut mieux qu'une moyenne de petites annonces.
Ce qu'il faut retenir
Bone #1 de juillet 1991 est un numéro dont la valeur tient à une conjonction précise : un tirage de départ minuscule, une série achevée par son auteur en 2004 au numéro 55, et une notoriété venue après coup. Sa difficulté n'est pas de le trouver, mais de l'identifier, parce que les réimpressions sont nombreuses et que les recueils colorisés parus à partir de 2005 brouillent la nomenclature.
La méthode se résume à une ligne : lisez l'indicia avant de regarder la couverture. Tout le reste, l'état, la signature, la notation, se décide ensuite. Pour approfondir les mécanismes de cote sur les séries indépendantes, les autres guides du blog et les fiches de séries comme Spawn détaillent des cas voisins.
Vous avez un Bone #1 et vous ne savez pas si son indicia annonce un premier tirage ou une réimpression tardive : faites-le situer avant toute vente.
Estimer mon comicQuestions fréquentes
Le chiffre le plus souvent avancé tourne autour du millier d'exemplaires pour le tirage initial de juillet 1991. Cartoon Books étant à l'époque une structure familiale sans service commercial, aucune donnée certifiée ne circule. Traitez ce nombre comme un ordre de grandeur utile pour comprendre la rareté, pas comme une référence à citer.
Lisez l'indicia, dans les premières pages : les réimpressions portent généralement la mention de leur rang. Croisez ensuite avec le prix de couverture imprimé, qui a augmenté au fil des tirages, et avec l'adresse de l'éditeur, qui a changé. L'absence de mention de réimpression combinée au prix d'origine est l'indice le plus fiable.
Ce sont des recueils publiés à partir de 2005 chez Scholastic, sous le label Graphix, avec une mise en couleurs de Steve Hamaker. Ils ont été tirés à très grande échelle pour le marché scolaire et ne se comparent pas au fascicule de 1991. Leur intérêt est de lecture, et leur valeur de collection reste marginale.
Les deux logiques sont distinctes. Le numéro 1 se traite comme une pièce, avec vérification du tirage et attention à l'état. La série complète jusqu'au numéro 55 se traite comme un ensemble de lecture, beaucoup plus accessible. Si vous achetez un lot annoncé complet, faites évaluer le numéro 1 séparément : il y est souvent en réimpression.
Peu, en général. L'auteur a beaucoup signé en convention pendant et après la parution de la série, et les exemplaires dédicacés sont relativement courants. Une signature sans documentation d'obtention n'ajoute presque rien, et un tracé appuyé sur une couverture fragile peut même pénaliser la lecture de l'état à la revente.