Trois personnes ont porté le nom de Blue Beetle, et elles n'ont presque rien en commun. Dan Garrett est un archéologue des années 1930 dont les pouvoirs viennent d'un scarabée mystique. Ted Kord, créé par Steve Ditko en 1966, n'a aucun pouvoir : c'est un inventeur qui compense par des machines et de l'humour. Jaime Reyes, apparu en 2006, est un adolescent d'El Paso à qui le scarabée se greffe sur la colonne vertébrale — et il s'avère être une technologie extraterrestre. Un lecteur qui ignore lequel il cherche perd beaucoup de temps.
La confusion est d'autant plus facile que les trois ont porté exactement le même nom, sous deux maisons d'édition différentes, avec des séries qui recommencent toutes au numéro un et des couvertures qui ne précisent jamais de qui il s'agit.
Cet article présente chaque porteur, explique ce qui les relie et ce qui les sépare, et indique par lequel commencer selon ce que vous cherchez.
Les trois porteurs
Dan Garrett — l'original
Créé à la fin des années 1930, puis réinventé en 1964 sous une autre maison d'édition. C'est un archéologue qui tire ses pouvoirs d'un scarabée découvert dans une tombe égyptienne.
Registre franchement daté, aventure exotique et mysticisme de pacotille. On le lit aujourd'hui pour comprendre l'histoire du personnage, rarement pour le plaisir de la lecture elle-même.
Ted Kord — celui que les lecteurs préfèrent
Créé par Steve Ditko en 1966. Élève de Garrett, il ne parvient pas à activer le scarabée et décide de se passer de magie : il fabrique ses outils.
C'est le seul des trois sans pouvoir, et de loin le plus attachant. Sa période la plus aimée n'est pas sa série solo mais son passage en équipe, vingt ans plus tard.
Jaime Reyes — le porteur actuel
Apparu en 2006. Un lycéen d'El Paso trouve le scarabée, qui se greffe à sa colonne vertébrale et refuse de partir.
Le récit renverse la donne : le scarabée n'est pas mystique mais une arme extraterrestre, et elle a des projets qui ne sont pas ceux de son porteur.
Ce qui les relie
Un objet, transmis de l'un à l'autre, dont la nature change à chaque époque : relique magique, puis inspiration, puis technologie hostile.
C'est le seul fil réellement continu entre les trois : le costume ne se transmet pas, le scarabée si.
Ted Kord, et le paradoxe de sa popularité
Une chose surprend quand on regarde ce personnage de près : sa période la plus célébrée n'est pas celle qui porte son nom.
Sa série solo des années 1960, dessinée par Ditko, est brève et n'a jamais rencontré un grand succès. Ce qui a fait de lui un personnage aimé, c'est son intégration dans une équipe vingt ans plus tard, dans un registre de comédie que rien ne laissait prévoir.
Là, il devient la moitié d'un duo comique avec un autre héros de second plan, et le ressort de la série repose sur leurs combines ratées, leurs dettes et leur incompétence relative. Ils sont drôles parce qu'ils sont médiocres au milieu de gens qui ne le sont pas.
Cette période a durablement défini le personnage. Un lecteur qui découvre Ted Kord par sa série solo trouvera un justicier de série B assez conventionnel ; celui qui le découvre par l'équipe comprendra pourquoi sa mort, en 2005, a été reçue comme une trahison par une partie du lectorat.
Le renversement de Jaime Reyes
Le troisième porteur ne se contente pas de reprendre le costume : sa série reconfigure rétroactivement tout ce qui précède.
Le scarabée qui donnait ses pouvoirs au premier porteur n'était pas une relique égyptienne. C'est un dispositif extraterrestre, conçu par une civilisation qui le dépose sur les planètes qu'elle compte annexer — l'objet doit préparer le terrain en se liant à un habitant.
Cela change entièrement le sens de l'héritage. Là où les deux premiers porteurs recevaient un pouvoir, celui-ci reçoit une arme qui a ses propres intentions et qui lui parle. L'essentiel du récit tient dans la négociation entre l'adolescent et l'objet greffé à son dos.
La série ajoute un second déplacement, moins spectaculaire mais tout aussi net : Jaime a une famille qui sait. Pas de double vie, pas de secret à protéger — ses parents, sa sœur et ses amis sont dans la confidence dès les premiers chapitres, ce qui supprime le ressort dramatique le plus usé du genre.
Par lequel commencer, selon ce que vous cherchez. Pour l'humour et les personnages, allez directement à la période d'équipe de Ted Kord — c'est aussi la plus accessible financièrement.
Pour un récit moderne, complet et autonome, prenez la série de Jaime Reyes de 2006. Pour l'histoire du personnage et le dessin de Ditko, la série des années 1960. Dan Garrett n'intéresse que les complétistes.
Les pièges d'un personnage à porteurs multiples
Plusieurs séries commencent à un
Chaque porteur a eu son propre numéro un, sous des éditeurs différents et à quarante ans d'écart. « Blue Beetle #1 » ne désigne rien sans l'année.
Deux maisons d'édition
Les titres anciens ont paru chez un éditeur racheté depuis. Les rééditions ultérieures portent une autre marque, sans que la couverture le signale toujours.
Le nom ne suffit pas à chercher
Une annonce « Blue Beetle » peut désigner trois personnages. Il faut chercher au nom du porteur, ou à celui du titre porteur de l'apparition.
Des apparitions hors série titre
Les moments les plus importants de Ted Kord se produisent dans des séries d'équipe qui ne portent pas son nom. Chercher « Blue Beetle » les rate entièrement.
La postérité inattendue des personnages de cette maison
Un détail d'histoire éditoriale mérite d'être connu, parce qu'il explique pourquoi ces personnages comptent au-delà de leur propre succès.
Quand le grand éditeur a racheté le catalogue de la petite maison qui publiait Blue Beetle, un auteur avait proposé de les utiliser pour un récit qui les aurait tous détruits. On lui a préféré des personnages inventés pour l'occasion, afin de préserver ceux qu'on venait d'acquérir.
Ce récit est devenu l'un des romans graphiques les plus lus de l'histoire du médium, et ses protagonistes sont des décalques directs des personnages de cette maison. L'inventeur sans pouvoir doté d'un vaisseau en forme d'insecte y a un équivalent immédiatement reconnaissable.
Pour un lecteur, cela donne une porte d'entrée inattendue : ceux qui connaissent ce classique connaissent déjà, sans le savoir, la structure du groupe de Blue Beetle. Pour un collectionneur, cela ajoute une raison de s'intéresser aux titres d'origine, dont la descendance dépasse largement la notoriété.
La mort de Ted Kord, et pourquoi elle a compté
Un événement de 2005 mérite d'être expliqué, parce qu'il revient constamment dans les discussions sur ce personnage et qu'il est rarement replacé dans son contexte.
Le deuxième porteur est tué au terme d'un récit où il découvre seul une conspiration, alerte les héros majeurs qui ne le prennent pas au sérieux, et poursuit son enquête malgré tout. Il meurt en refusant une proposition qui lui aurait sauvé la vie.
Ce qui a heurté une partie du lectorat n'est pas la mort en elle-même — le genre en use abondamment — mais ce qu'elle signifiait. Un personnage installé comme comique se voit accorder, au moment de disparaître, un courage que les héros sérieux n'ont pas eu. Sa fin le réhabilite en le supprimant, ce qui est une manière ambivalente de rendre hommage.
L'épisode a durablement structuré la perception du personnage. Pour beaucoup de lecteurs, Ted Kord est désormais défini par deux choses en tension : une décennie de comédie et une sortie grave. C'est cette tension qui explique l'attachement, et le ressentiment qui l'accompagne.
Côté collection : ce que change la multiplicité des porteurs
Un personnage à trois porteurs ne se collectionne pas comme un personnage unique, et l'erreur la plus fréquente consiste à traiter l'ensemble comme un seul objet.
Chaque porteur a son propre marché, avec ses propres numéros clés et ses propres acheteurs. Un collectionneur intéressé par l'inventeur des années 1960 ne cherche pas les mêmes fascicules que quelqu'un venu par le film récent, et les deux ne se font pas concurrence.
Cela a une conséquence agréable : on peut collectionner un porteur sans les autres, sans que la collection paraisse incomplète. Un ensemble cohérent autour d'un seul des trois est parfaitement défendable, et il coûte trois fois moins cher qu'une tentative d'exhaustivité.
La difficulté est ailleurs. Les moments décisifs d'un porteur se produisent souvent dans des séries qui ne portent pas son nom — une équipe, un événement, un titre consacré à quelqu'un d'autre. Une collection organisée par titre rate donc systématiquement une partie de ce qui compte.
La parade consiste à tenir la liste par personnage plutôt que par série, et à y consigner le titre réel de chaque fascicule. C'est plus long à saisir sur le moment, et c'est la seule façon de retrouver, des années plus tard, le numéro d'une série d'équipe où se joue une scène décisive dont plus rien dans le classement ne signale l'existence.
Ce qu'il faut enregistrer
Trois champs, et le premier n'a d'équivalent sur aucun personnage à porteur unique.
Quel porteur. C'est l'information qui structure tout le reste. Sans elle, une liste de numéros mélange trois personnages qui n'ont ni la même époque, ni le même éditeur, ni le même public.
L'année et l'éditeur. Plusieurs séries portent le même titre et commencent au même numéro. L'année les sépare, et la maison d'édition confirme.
Le titre réel du fascicule. Sur ce personnage, une part importante des numéros qui comptent portent le nom d'une équipe ou d'un autre héros. Enregistrer « Blue Beetle » là où la couverture dit autre chose rend l'exemplaire introuvable dans sa propre collection.
Un inventaire qui porte ces trois champs répond immédiatement à la question qu'on se pose devant une boîte : de quel Blue Beetle s'agit-il, et à quel moment de son histoire ?
Questions fréquentes
La question n'a pas de réponse unique, et c'est justement l'intérêt du personnage. Le premier est l'original, le deuxième est celui que les lecteurs de longue date préfèrent, et le troisième est le porteur actuel et celui que le grand public découvre. Chacun a son public, et ils ne se recoupent guère.
Ce n'est pas nécessaire, chaque porteur ayant ses propres séries autonomes. La série moderne suppose seulement de savoir qu'il y a eu des prédécesseurs, information qu'elle fournit elle-même. Commencer par la période la plus récente ne gâche rien des précédentes.
Parce qu'il n'arrive pas à activer le scarabée dont son prédécesseur tirait ses capacités. Son créateur en a fait un inventeur qui compense par des machines, ce qui le rapproche d'un registre plus terre-à-terre — et ce qui explique en partie l'affection durable que lui portent les lecteurs.
Les deux, selon l'époque. Présenté comme une relique mystique égyptienne pendant des décennies, il est réinterprété en 2006 comme un dispositif extraterrestre déposé par une civilisation conquérante. Cette révision rétroactive donne à l'objet une intention propre, et elle est au cœur de la série moderne.
Tout à fait, et c'est même l'approche la plus raisonnable. Chaque porteur constitue un ensemble cohérent avec ses propres numéros clés, et rien n'oblige à couvrir les trois. Une collection centrée sur l'un d'eux coûte nettement moins cher qu'une tentative d'exhaustivité, sans paraître incomplète.
Trois porteurs, trois marchés, un seul nom
Sans le champ « quel porteur », une liste de numéros mélange trois personnages et deux éditeurs.