Batman: The Killing Joke (1988) : reconnaître un premier tirage, illustration article

Batman: The Killing Joke paraît en 1988 chez DC Comics, en album relié d'une quarantaine de pages, écrit par Alan Moore, dessiné par Brian Bolland et colorisé par John Higgins. Le Joker s'évade, se présente chez le commissaire Gordon, tire sur sa fille Barbara, puis entraîne le père dans une nuit de mise en scène. Le récit propose aussi une version possible du passé du Joker. On le cherche pour cela, et pour son premier tirage, devenu minoritaire.

Rares sont les albums dont la valeur se joue entièrement sur une page que personne ne regarde. Ici, la couverture ne vous dira rien : elle est restée pratiquement inchangée pendant plus de trente ans de réimpressions, et un exemplaire sorti des presses l'an dernier ressemble, dans un bac, à un exemplaire de 1988. La différence tient à quelques lignes de texte légal à l'intérieur. Si vous achetez ce titre sans les avoir lues, vous achetez une loterie.

Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.

Carte d'identité : Batman: The Killing Joke (1988) : le one-shot et ses tirages

Le livre : 1988, trois noms, une quarantaine de pages

Le titre complet est Batman: The Killing Joke. Il ne porte pas de numéro de série : c'est un volume isolé, publié directement en album cartonné puis broché, sans passer par un format kiosque mensuel. Le scénario est d'Alan Moore, les dessins de Brian Bolland, les couleurs de John Higgins. Cette répartition compte pour la suite : c'est Bolland qui reprendra la colorisation deux décennies plus tard, et cette reprise sert aujourd'hui de frontière nette entre deux familles d'exemplaires.

Le récit tient en une nuit. Le Joker, évadé, s'invite au domicile du commissaire Gordon, blesse Barbara Gordon par balle, enlève le père et le soumet à un parcours forcé dans un parc d'attractions désaffecté. En contrepoint, des séquences rétrospectives proposent une explication de l'origine du Joker, explication que le personnage lui-même relativise dans le récit. Cette ambiguïté assumée est l'une des raisons pour lesquelles le livre est encore discuté : il fournit une biographie sans la garantir.

La pagination est courte au regard de l'importance qu'a prise le titre. Vous avez entre les mains un objet mince, au dos carré, dont la tranche est le premier endroit à inspecter chez un vendeur : ce dos se marque, blanchit, s'ouvre en éventail quand l'album a été lu à plat. Sur un comic agrafé, on parle de pliure centrale ; ici, de pliures de dos, et elles ne se rattrapent pas.

Le contexte éditorial : l'album isolé plutôt que la série

À la fin des années 1980, l'album relié vendu hors du circuit des mensuels est devenu un mode de publication courant pour les récits qu'un éditeur veut sortir du flux. Format plus grand, papier plus épais, dos carré, prix plus élevé, et distribution assurée autant par les librairies spécialisées que par les points de vente généralistes. The Killing Joke appartient à cette catégorie, et cela a deux conséquences très concrètes pour un collectionneur.

Première conséquence : il n'y a pas de tirage « kiosque » et de tirage « direct market » à distinguer, comme sur les mensuels de la même période, et les variantes de marquage de couverture ne se posent pas de la même manière. Deuxième conséquence, plus lourde : un album de fonds de catalogue est réimprimé dès qu'il s'épuise, et il s'épuise souvent. Le titre n'a jamais quitté les rayons depuis 1988.

Autrement dit, l'objet a été conçu pour durer en librairie, pas pour être rare. C'est l'inverse de la logique d'un numéro mensuel, dont le tirage est unique et dont les exemplaires survivants s'érodent. Ici, le stock mondial augmente chaque année.

Pourquoi ce volume est devenu une clé

Trois facteurs se cumulent. Le premier est la conséquence du récit : la blessure de Barbara Gordon est restée dans la continuité éditoriale pendant des années, ce qui fait de cet album un point de bascule pour un personnage secondaire, et non un épisode refermé à la dernière page. Le deuxième est le nom au scénario : les titres signés Alan Moore ont une demande durable qui dépasse le public habituel des récits de super-héros, et cette demande vient autant des lecteurs généralistes que des collectionneurs.

Le troisième facteur est l'adaptation animée sortie en 2016, qui a remis le titre dans les recherches du grand public et provoqué une vague d'achats de réimpressions. Cette vague n'a pas fait monter la cote des réimpressions, abondantes, mais elle a creusé l'écart avec le premier tirage.

Il faut être clair sur l'objet de la rareté : le récit n'est pas rare, le livre n'est pas rare, seule la première impression l'est. Qui veut le texte achète n'importe quel exemplaire. Qui veut l'objet de 1988 entre sur un marché étroit où le vendeur sait, ou devrait savoir, ce qu'il détient.

Un numéro clé pour Barbara Gordon

Il faut le dire sans détour : le récit mutile durablement un personnage secondaire, et ce choix a été discuté dès l'époque, y compris par Moore lui-même dans des entretiens ultérieurs. Barbara Gordon est blessée pour produire un effet sur son père et sur Batman, et le livre ne s'intéresse pas à elle au-delà de cette fonction. C'est une faiblesse du récit, pas un détail de collection.

Pour la collection, la conséquence est néanmoins réelle. L'éditeur n'a pas annulé cette blessure et le personnage a été reconstruit à partir d'elle dans les parutions des années suivantes, sous une autre identité et dans un autre rôle, celui de coordinatrice et d'analyste. Un collectionneur qui suit le fil de Barbara Gordon doit donc posséder cet album, même s'il range plus volontiers ses albums reliés à part de ses mensuels. La page Batgirl rassemble les autres jalons de ce fil, dont les parutions qui précèdent 1988 et celles qui lui succèdent.

Le problème central : presque tout ce qui circule est une réimpression

Si vous voyez une dizaine d'exemplaires en vente le même jour, l'hypothèse de départ est qu'aucun n'est de 1988. Le titre a enchaîné les impressions sans interruption, en cartonné puis en broché, chez l'éditeur américain comme chez ses partenaires étrangers, et le nombre de tirages successifs se compte en dizaines. Une annonce qui affiche « édition 1988 » sans justification désigne, neuf fois sur dix, la date de copyright imprimée sur une réimpression.

C'est le piège structurel de ce titre, et il est différent de celui d'un mensuel. Sur un mensuel réimprimé, l'éditeur ajoute presque toujours un marquage visible sur la couverture, ou modifie la couverture, ou retire le code de distribution. Sur un album de fonds, rien ne change à l'extérieur. Deux exemplaires séparés par trente ans d'écart sont visuellement jumeaux dans un bac, et la seule manière de les séparer est d'ouvrir le livre.

Reconnaître un premier tirage : la page de mentions légales

La méthode est toujours la même et elle n'a rien à voir avec la couverture. Ouvrez l'album à la page qui porte le copyright, les crédits et le nom de l'imprimeur, généralement au tout début ou tout à la fin selon l'édition. C'est là que l'éditeur consigne le rang du tirage.

Ce que vous cherchez : une mention du type « deuxième impression », « troisième impression », ou une liste de numéros d'impression. Si elle figure, l'affaire est réglée, le rang est écrit noir sur blanc. Son absence est, pour ce titre comme pour beaucoup d'albums de cette période, l'indice d'un premier tirage, mais un indice négatif : il se croise avec le reste de la page, dates et libellé de l'éditeur, qui a changé de présentation au fil des décennies.

Trois réflexes complémentaires. Comparez la pagination et la place des crédits avec celles du catalogue, car les éditions ultérieures ont enrichi les pages d'apparat. Vérifiez la reliure : cartonnée avec jaquette, cartonnée sans jaquette ou brochée, chaque forme correspond à une phase de publication distincte. Et exigez une photographie nette de cette page avant d'acheter à distance ; un vendeur qui la refuse vous renseigne déjà.

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Les éditions dérivées et la question des couleurs

Deux décennies après la parution, une édition de luxe a présenté le récit avec une colorisation refaite par Brian Bolland lui-même, plus sobre et plus désaturée que la mise en couleur d'origine de John Higgins. Cette édition ajoute également des pages complémentaires. Pour un collectionneur, c'est la distinction la plus facile à faire sans ouvrir le livre : si les planches intérieures vous paraissent ternes et contrastées là où vous attendiez des teintes vives, vous êtes sur la version recolorisée, donc sur une édition tardive.

Sont venues ensuite les éditions liées à la sortie du film animé, puis diverses reprises en recueils et en formats compilés. Aucune de ces éditions n'est une contrefaçon, aucune n'est à éviter si vous voulez lire ; aucune ne doit être présentée comme un premier tirage. Côté français, le récit a été publié et republié sous plusieurs habillages successifs, dans des maquettes et des formats qui ne correspondent à aucun tirage américain : une édition française, même ancienne, n'est jamais la première impression du titre.

Les pièges à l'achat

Le premier piège est la photographie unique de couverture : elle ne prouve rien ici, contrairement à un mensuel dont la couverture porte la date et le marquage de distribution. Exigez l'intérieur.

Le deuxième piège est la jaquette. Sur les tirages cartonnés qui en comportaient une, son absence change l'état perçu, et certains vendeurs photographient l'album habillé de la jaquette d'une autre édition : vérifiez que son dos et celui du livre portent la même présentation.

Le troisième piège est le dos. Un album au dos carré ouvert à plat garde des plis blancs parallèles qu'aucun aplatissement ne retire : demandez une photo de la tranche, de face et de profil, en lumière rasante.

Le quatrième piège est la signature. Les trois auteurs ont beaucoup signé en convention, et une signature au feutre sur une page de garde ne vaut que si elle est documentée. Sur un tirage courant, elle ne produit pas un exemplaire de 1988, seulement un exemplaire annoté.

Les parutions voisines qui comptent aussi

Autour de cet album, plusieurs fils se croisent. Les apparitions antérieures du Joker, répertoriées sur son hub, forment une progression dont ce volume est l'aboutissement éditorial plus que le point de départ. Du côté des personnages reliés, les parutions qui mettent en scène l'héritage des rôles d'accompagnement de Batman sont souvent recherchées en parallèle : voyez Nightwing et Robin pour ces fils, qui connaissent à la fin des années 1980 des événements éditoriaux de leur côté.

Mentionnons aussi le personnage qui accompagnera durablement le Joker, né quelques années plus tard dans un autre média avant son passage en comics : voyez le hub Harley Quinn. Un ensemble cohérent autour du Joker associe généralement cet album, les premières apparitions en mensuel, et les parutions des années 1990 où le personnage devient tête d'affiche.

Les sections de cette fiche, de la description du numéro aux pièges à l'achat

Ce que la notation change ici

La notation d'un album au dos carré ne suit pas les contraintes d'un comic agrafé. Les défauts qui pèsent sont le blanchiment du dos, l'écrasement des coins, l'usure de la jaquette et le gondolement du bloc papier. Les critères dominants sur un mensuel, pliure centrale et agrafes, ne s'appliquent pas.

Sur ce titre, l'intérêt d'une notation professionnelle est double : elle fige l'état, et surtout l'étiquette mentionne le rang de tirage. Elle rend publique la vérification de la page de mentions, que l'on ne peut plus faire une fois le livre scellé. Pour un premier tirage en bel état, c'est le seul moyen de rendre la rareté lisible par un acheteur méfiant. Pour une réimpression, la dépense dépasse la valeur de l'objet.

Entre deux exemplaires de premier tirage, le passage d'un état correct à un état proche du neuf peut changer la cote d'un ordre de grandeur, bien davantage que sur un mensuel de la même époque, parce que les albums ont été lus et que les exemplaires épargnés sont peu nombreux.

Comment le suivre dans une collection

Le réflexe à prendre est de ne jamais enregistrer ce titre sans son rang de tirage. Dans votre inventaire, la ligne utile n'est pas « Batman: The Killing Joke », qui ne distingue rien, mais le couple formé par le titre et la mention relevée à l'intérieur, plus la forme de reliure. Notez-les au moment de l'achat, pas plus tard : une fois l'album rangé, personne ne rouvre la page de copyright.

Si vous détenez plusieurs exemplaires, cas fréquent ici parce qu'on finit par en racheter un pour lire, séparez l'exemplaire de conservation de l'exemplaire de lecture, et photographiez la page de mentions de chacun : c'est la pièce que tout acheteur sérieux réclamera en premier.

C'est un titre où la connaissance paie plus que le budget. Le récit de 1988 signé Moore, Bolland et Higgins se trouve partout et pour presque rien ; l'objet de 1988 se trouve rarement, et se reconnaît en trente secondes si l'on sait quelle page ouvrir. Entre les deux, l'écart de cote est considérable et il ne se lit nulle part sur la couverture. Prenez l'habitude de demander l'intérieur avant de parler prix, et vous ne paierez jamais une réimpression au tarif d'une première impression.

Vous hésitez entre un premier tirage et une réimpression de l'album de 1988 ? Faites estimer votre exemplaire à partir de sa page de mentions légales.

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Questions fréquentes

Ouvrez la page qui porte le copyright et les crédits. Une mention de rang de tirage, « deuxième impression » ou équivalent, désigne une réimpression. L'absence de toute mention de rang oriente vers un premier tirage, mais se croise avec la forme de reliure et le libellé de l'éditeur, qui a changé de présentation au fil des décennies.

Non, et c'est la particularité de ce titre. L'illustration de Brian Bolland a été conservée sur l'essentiel des impressions successives, sans marquage de réimpression ajouté à l'extérieur. Contrairement à un mensuel, l'album de fonds ne signale rien sur sa couverture : la distinction se fait uniquement à l'intérieur.

Le scénario est d'Alan Moore, les dessins de Brian Bolland et la colorisation d'origine de John Higgins. Bolland a repris lui-même la mise en couleur pour une édition de luxe publiée deux décennies après la parution de 1988, ce qui donne deux aspects visuels distincts du même récit.

Elle a un intérêt de lecture et de comparaison, parce que la colorisation signée Bolland modifie sensiblement la lecture des planches. En revanche elle est postérieure de vingt ans à la parution, elle a été imprimée en quantité, et elle ne se négocie jamais au niveau d'un premier tirage de 1988.

Parce que la blessure par balle qu'elle subit dans ce récit n'a pas été effacée par l'éditeur. Le personnage a été reconstruit à partir de cet état dans les publications suivantes, sous une autre identité. L'album devient donc un jalon obligé pour qui suit ce fil, indépendamment de la critique adressée à ce choix narratif.