Jason Todd apparaît pour la première fois dans Batman #357, daté de mars 1983, écrit par Gerry Conway et dessiné par Don Newton, encré par Alfredo Alcala. Le garçon n'y porte pas encore de costume : il est présenté comme le fils d'un duo d'acrobates de cirque. Le même numéro offre la première apparition complète de Killer Croc, entrevu quelques semaines plus tôt, et c'est ce second nom qui attire aujourd'hui une partie des acheteurs.
Acheter Batman #357 pose une question que peu de numéros de 1983 posent avec autant d'insistance : que paie-t-on exactement ? Deux débuts cohabitent dans ces pages, l'un discret et l'autre spectaculaire, et les annonces les mélangent volontiers. Pour un collectionneur qui construit une ligne cohérente autour du second Robin, la difficulté n'est pas de trouver l'exemplaire, assez courant, mais de savoir où se situe la valeur réelle et pourquoi deux exemplaires au même grade peuvent se négocier à des niveaux très différents selon la manière dont le vendeur a rédigé son titre.
Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.
Ce que contient réellement Batman #357
La date de couverture est mars 1983, ce qui place la mise en vente à la fin de 1982 selon l'usage de l'époque, où les dates imprimées devançaient le kiosque de deux à trois mois. Gerry Conway signe le scénario, Don Newton les crayonnés, Alfredo Alcala l'encrage. La couverture est généralement attribuée à Ed Hannigan et Dick Giordano ; si cette attribution compte pour votre fiche, confirmez-la sur l'exemplaire et dans le catalogue plutôt que sur l'annonce.
L'intrigue principale met en scène un criminel à la peau reptilienne qui prend le contrôle d'activités jusque-là tenues par un autre malfaiteur. Jason Todd, lui, n'occupe que quelques cases vers la fin : un garçon dans l'univers du cirque, fils de deux acrobates. Il ne combat pas, ne parle presque pas, et rien dans ces pages n'annonce qu'il portera un jour un costume. C'est très exactement le profil d'une apparition de fin de numéro, et cela a des conséquences directes sur la façon dont le marché la traite.
Batman #357 est donc un numéro à double entrée : il se classe aussi bien dans une collection de sidekicks que de vilains, et peu de numéros de cette année-là supportent une telle ambiguïté.
Le contexte éditorial de la fin 1982
À ce moment-là, Dick Grayson a quitté le poste depuis plusieurs années pour mener une équipe de jeunes héros ailleurs dans le catalogue de l'éditeur, et la case du partenaire costumé est vacante dans les mensuels principaux. Introduire un enfant sans costume, dans un décor de cirque qui rappelle ouvertement l'origine du premier Robin, n'est pas un hasard de scénario : c'est une amorce calibrée, posée en fin de numéro, que les lecteurs de l'époque pouvaient reconnaître pour ce qu'elle était.
La suite confirme la mécanique. Le garçon prend le costume dans Batman #366, daté de décembre 1983, et son installation officielle dans le rôle se joue au début de 1984. Entre les deux, plusieurs numéros préparent le passage de relais. Cette chaîne d'étapes explique pourquoi la première apparition de Jason Todd n'a jamais concentré à elle seule l'attention du marché : la valeur est répartie sur une séquence, pas sur un numéro unique, et chaque maillon trouve des acheteurs différents.
Pourquoi ce numéro est devenu une clé, et pour qui
Trois forces tirent Batman #357, et elles ne tirent pas dans le même sens. La première est Killer Croc, dont la première apparition complète se trouve ici, après un passage furtif dans Detective Comics #523. Ce personnage a connu une longévité que personne n'attendait en 1983, porté par les adaptations animées puis par les jeux vidéo, et sa notoriété auprès du grand public dépasse aujourd'hui celle de Jason Todd auprès du même public.
La deuxième force est le parcours de Jason Todd : mort en 1988, ramené au récit au milieu des années 2000 sous une identité de justicier violent, il est devenu un nom permanent du catalogue, avec ses propres séries. La troisième est plus prosaïque : les tirages de cette période restaient élevés, donc l'offre est confortable.
Le résultat est une cote solide mais rarement explosive, qui réagit surtout aux annonces d'adaptation touchant l'un ou l'autre début. Qui suit la lignée des Robin l'achète pour Jason, un collectionneur de vilains pour Croc, et le revendeur titre avec les deux noms.
Le Jason Todd de 1983 n'est pas celui que vous connaissez
Voilà le point que les annonces passent systématiquement sous silence, et il mérite d'être compris avant d'acheter. Le garçon introduit ici est conçu comme un écho du premier Robin : famille d'acrobates, drame au cirque, adoption. Il est même roux à l'origine, et se teint les cheveux pour ressembler à son prédécesseur. Rien, dans cette version, du gamin des rues cabossé qui s'est imposé ensuite dans la mémoire collective.
Cette version-là naît après la refonte éditoriale de 1986, qui remet à plat la continuité de l'éditeur. En 1987, une nouvelle origine est publiée : un enfant livré à lui-même, surpris en train de démonter les roues du véhicule de Batman dans la ruelle où les parents de celui-ci ont été tués. Le personnage devient plus dur, plus imprévisible, et c'est cette réécriture qui rend crédible, un an plus tard, l'intrigue qui le tue.
Pour un collectionneur, la conséquence est nette : Batman #357 est la première apparition du nom et du personnage au sens du catalogue, mais pas de la caractérisation que la plupart des lecteurs ont en tête. Ce décalage explique une partie de la tiédeur relative du marché, et c'est un argument de négociation parfaitement légitime face à un vendeur qui survend la pièce comme la genèse du futur Red Hood.
Le vote de 1988 et le retour, moteurs de la cote
En 1988, l'éditeur soumet le sort de Jason Todd à un vote des lecteurs par numéro de téléphone surtaxé, sur deux lignes, l'une pour le sauver et l'autre pour le tuer. Le camp de la mort gagne, à une marge extrêmement faible rapportée au nombre d'appels, et le personnage est tué dans l'arc concerné. Ce dispositif est l'un des plus commentés de l'histoire éditoriale du médium, et il donne à Batman #357 une place particulière : la première apparition d'un personnage que le public a lui-même condamné.
Le retour, au milieu des années 2000, change encore la lecture. Jason Todd revient sous un pseudonyme emprunté à un ennemi historique, et cette réapparition relance mécaniquement l'intérêt pour tous ses numéros antérieurs, celui de 1983 compris. Depuis, la cote du numéro suit un rythme reconnaissable : paliers calmes, puis sursauts courts à chaque annonce de film d'animation, de série ou de jeu mettant en avant soit ce personnage, soit le vilain du même numéro. Pour suivre ces mouvements, mieux vaut raisonner par comparaison de ventes récentes au même grade que par mémoire de prix.
Ce qui fait varier la cote : état, édition, tirage
Sur un numéro de 1983, l'état se lit d'abord sur trois zones : les coins supérieurs, marqués par les bacs de kiosque ; le pli du dos, que les reliures agrafées de cette période accusent dès la première ouverture à plat ; les bords de couverture, dont la teinte sombre rend les micro-blanchiments bien plus visibles que sur une couverture claire.
Le papier de 1983 jaunit de façon inégale selon le stockage : un exemplaire conservé à plat et à l'abri de la lumière garde une tenue de pages qui pèse lourd dans la notation. À l'inverse, un dos qui bâille signale une lecture répétée, et ce défaut-là ne se rattrape pas.
Côté distribution, l'année 1983 est une période de transition entre le circuit des kiosques et la vente directe en boutiques spécialisées. Les exemplaires des deux circuits se distinguent habituellement par la zone du code-barres. Vérifiez cette zone sur les photos avant d'acheter, et demandez un cliché net si elle est hors cadre, car cette différence est l'un des rares éléments de variation d'édition sur un numéro de cette année.
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Il n'existe pas, pour ce numéro, de forêt de variantes de couverture comme sur les parutions récentes. Le risque de confusion est ailleurs : dans les recueils. L'histoire de Jason Todd a été reprise dans des volumes consacrés à ses origines et à la lignée des partenaires de Batman, et ces pages réimprimées circulent largement. Un recueil est un bon outil de lecture, il n'est pas la première apparition.
Quatre signes suffisent à trancher : la date et le numéro imprimés dans la page des crédits, un prix de couverture conforme à la grille de 1983, le format agrafé d'un mensuel, et des publicités d'époque à l'intérieur. Un intérieur sans aucune publicité doit faire basculer la discussion vers une demande de photos.
Méfiez-vous enfin des annonces qui présentent Detective Comics #523 comme la première apparition de Jason Todd : ce numéro concerne l'autre personnage du dossier.
Les pièges à l'achat
Le premier piège est le titre d'annonce à deux noms. Un vendeur qui écrit les deux débuts dans la même ligne n'est pas malhonnête, les deux sont exacts, mais il additionne implicitement deux demandes pour justifier un prix. À vous de décider lequel des deux débuts motive votre achat, et de comparer avec des ventes au même grade plutôt qu'avec le prix affiché par le même vendeur sur un autre lot.
Le deuxième piège est l'exemplaire présenté comme la première apparition de Robin, sans précision. Dans la nomenclature du marché, ce titre revient au numéro de 1940 qui introduit Dick Grayson, et un acheteur pressé peut mal lire. Batman #357 est la première apparition de Jason Todd hors costume, ce qui est une information différente et plus restreinte.
Le troisième piège concerne les photos : sur une couverture aussi sombre, l'éclairage direct masque les plis fins. Demandez une vue en lumière rasante et une vue du dos complet ; un refus se paiera à la revente. Nos guides réunis sur l'index du blog détaillent cette méthode de contrôle photo numéro par numéro.
Les numéros voisins qui comptent aussi
Autour de Batman #357, quatre repères structurent une collection cohérente. Detective Comics #523, d'abord, pour le passage furtif du vilain avant sa première apparition complète. Batman #366 ensuite, daté de décembre 1983, où le garçon apparaît en costume pour la première fois. Les numéros de 1984 qui formalisent le rôle, qui intéressent les collectionneurs attachés aux étapes narratives plutôt qu'aux seuls débuts. Et enfin l'arc de 1988 qui clôt le personnage, dont la demande est portée par un lectorat tout autre, davantage sensible au rôle du Joker dans cet épisode qu'à la généalogie des Robin.
S'y ajoute le numéro de 1984 qui installe Dick Grayson dans sa nouvelle identité adulte, dont le hub Nightwing détaille la chronologie. Posséder les deux extrémités de ce basculement donne à une ligne de collection une lisibilité que la seule première apparition de 1983 n'offre pas.
Ce que la notation change, et comment suivre la pièce
Sur ce numéro, la notation produit un effet de seuil plus que de progression douce. Les exemplaires en état de lecture sont nombreux et leur cote reste accessible ; le haut de l'échelle est bien plus rare, parce qu'un mensuel de kiosque de 1983 à couverture sombre survit mal au circuit de distribution. L'écart entre un bel exemplaire et un exemplaire proche du neuf se mesure donc en multiples, pas en pourcentages.
Conséquence pratique : faire noter un exemplaire moyen a rarement du sens ici, le coût du service et du transport pesant trop lourd par rapport au gain de cote. La notation se justifie sur un exemplaire déjà exceptionnel à l'œil nu, ou sur un exemplaire dont l'authenticité d'une signature doit être établie. Pour tout le reste, une description honnête et de bonnes photos font le travail.
Dans une collection suivie, l'enjeu est de distinguer ce que vous possédez de ce qui reste à trouver dans la séquence. Enregistrez Batman #357 avec la mention des deux débuts, et créez une ligne distincte pour Batman #366 : les deux numéros se confondent vite dans une liste, et c'est le genre de doublon qui conduit à racheter ce qu'on a déjà. Le hub Robin sert alors de fil conducteur pour vérifier qu'aucune étape ne manque.
Faut-il l'acheter maintenant
Batman #357 est un numéro de 1983 facile à trouver, difficile à trouver beau, et dont la valeur se partage entre deux publics qui ne cherchent pas la même chose. C'est précisément ce qui en fait un bon achat raisonné : l'offre vous laisse le temps de comparer, et la double demande protège la pièce d'un désintérêt durable. Visez le meilleur état que votre budget autorise plutôt que la quantité, contrôlez la zone du code-barres et le dos, et ne payez pas deux fois le même numéro au motif qu'il contient deux débuts.
Vous possédez un exemplaire de Batman #357 et vous hésitez entre le garder en l'état ou le faire noter ? Une estimation vous situe dans l'échelle avant de décider.
Estimer mon comicQuestions fréquentes
Non. Dans ce numéro de mars 1983, il n'est qu'un garçon présenté dans un décor de cirque, fils de deux acrobates, sans costume et presque sans réplique. Il endosse la tenue dans Batman #366, daté de décembre 1983, et son installation officielle dans le rôle se joue au début de 1984. Une annonce qui montre un Robin en couverture ne parle donc pas de ce numéro.
Parce que Batman #357 contient sa première apparition complète, après un passage furtif dans Detective Comics #523. Sa notoriété auprès du public, portée par les adaptations animées et les jeux vidéo, dépasse aujourd'hui celle de Jason Todd. Beaucoup de vendeurs titrent donc sur les deux noms, ce qui additionne deux demandes sur un seul exemplaire.
Pas dans sa caractérisation. La version de 1983 est un écho du premier Robin, issu du cirque, roux à l'origine et teint pour ressembler à son prédécesseur. L'origine de gamin des rues, celle que la plupart des lecteurs connaissent, est publiée en 1987 après la refonte de continuité de 1986. Le nom et le personnage débutent bien ici, la version mémorisée arrive plus tard.
Indirectement, oui. Le vote des lecteurs qui a condamné le personnage, puis son retour au milieu des années 2000, ont fait de lui un nom permanent du catalogue. Chaque adaptation qui l'utilise réveille la demande sur ses numéros antérieurs, dont celui de 1983. Les sursauts de cote restent courts, et les paliers intermédiaires plutôt calmes.
Contrôlez quatre choses : la date et le numéro imprimés dans la page des crédits, un prix de couverture conforme à la grille de 1983, le format agrafé d'un mensuel, et la présence de publicités d'époque à l'intérieur. Un intérieur sans aucune publicité trahit presque toujours un recueil. Demandez aussi une photo nette de la zone du code-barres.