Le Joker est né en 1940 sous la plume de Bill Finger, la planche de Jerry Robinson et la direction de Bob Kane — trois noms dont la paternité a longtemps été disputée. Depuis, cinq grandes équipes créatives ont chacune réinventé le Prince du Crime : O'Neil & Adams, Englehart & Rogers, Moore & Bolland, puis Snyder & Capullo. Le résultat est l'un des méchants les plus complexes de toute l'histoire des comics.
Apparu dans Batman #1 (printemps 1940), le Joker est dès l'origine un personnage à part : tueur en série dès son premier récit, il devait d'ailleurs mourir dans ce numéro fondateur. Un exemplaire CGC 9,4 de Batman #1 a été adjugé 2 220 000 $ chez Heritage Auctions en janvier 2021 — record absolu pour ce titre, porté par la double première apparition du Joker et de Catwoman. Précision indispensable : les médianes eBay de notre estimateur pour la série Batman reflètent un mélange massif de réimpressions et de facsimilés modernes ; elles ne correspondent pas au numéro de 1940.
Ce guide retrace la contribution de chaque équipe créative en s'appuyant sur des données vérifiables : médianes eBay (eBay.fr + eBay.com, juin 2026) et records documentés par Heritage Auctions, CGC et la presse spécialisée. Aucune cote n'est citée pour les séries dont l'estimateur retourne moins de 15 annonces.
Bill Finger, Bob Kane et Jerry Robinson (1940) : la création disputée
La naissance du Joker fait partie des rares cas où trois noms revendiquent la paternité d'un même personnage. Bob Kane était l'auteur attitré de Batman ; Bill Finger écrivait les scénarios dans l'ombre (sa contribution n'a été officiellement reconnue par DC qu'en 2015) ; Jerry Robinson, alors assistant de Kane âgé de dix-huit ans, affirme avoir dessiné le premier croquis du personnage, inspiré par l'acteur Conrad Veidt dans le film muet The Man Who Laughs (1928). La version officielle actuelle crédite les trois hommes. Ce qui ne fait aucun doute : Batman #1 (1940) pose d'emblée les fondations du personnage — un criminel calculateur, souriant, sans empathie. La même année, l'origine du Joker est ébauchée dans Detective Comics #168 (1951), « The Man Behind the Red Hood », qui révèle qu'il était l'Homme au Capuchon Rouge avant de tomber dans une cuve de produits chimiques. Un exemplaire CGC 9,4 de Detective Comics #168 a atteint 324 000 $ aux enchères en novembre 2022 — le volume d'annonces eBay est bien trop faible pour en tirer une médiane fiable.
Denny O'Neil & Neal Adams (1973) : le retour du tueur
Dans les années 1960, le Joker avait été adouci par la série télévisée Batman (1966) : Cesar Romero le jouait en bouffon inoffensif, et les comics avaient suivi la tendance. C'est Batman #251 (septembre 1973) qui le réhabilite en meurtrier. « The Joker's Five-Way Revenge ! », signé Denny O'Neil au scénario et Neal Adams au dessin, montre un Joker qui tue systématiquement ses anciens complices par pur caprice. La couverture d'Adams — le Joker nageant avec un requin, ricanant — est parmi les plus citées de l'Âge de bronze. Notre estimateur retourne une médiane de 9 € sur 65 annonces : le marché de masse reste accessible. En haute note, un exemplaire CGC 9,8 a établi le record de l'issue avec 38 000 $ lors d'une vente ComicLink en juin 2024.
Steve Englehart & Marshall Rogers (1977–1978) : la folie logique
Englehart et Rogers prennent en charge Detective Comics à partir du numéro 471 (août 1977) et livrent l'une des interprétations les plus influentes du Joker. Le point culminant est Detective Comics #475 (février 1978), « The Laughing Fish » : le Joker disfigure des poissons avec son rictus, puis exige un dépôt de marque fédéral sur ces animaux — et se met à tuer les fonctionnaires qui tentent de lui expliquer que c'est légalement impossible. Cette logique démentielle mais cohérente en fait un antagoniste d'une nouvelle nature, à la fois absurde et menaçant. La suite directe, Detective Comics #476, paraît en mars-avril 1978. Notre estimateur retourne une médiane de 84 € sur 28 annonces pour le #475 et une médiane de 46 € sur 20 annonces pour le #476. Ce run a influencé directement le film Batman de Tim Burton (1989) et l'épisode « The Laughing Fish » de Batman: The Animated Series (1993).
Alan Moore & Brian Bolland (1988) : The Killing Joke
Batman: The Killing Joke (1988) est sans doute le récit de Joker le plus analysé de l'histoire des comics. Alan Moore explore l'hypothèse d'une origine tragique — le Joker serait un comédien raté, dont la vie a basculé lors d'une « mauvaise journée » — tout en laissant délibérément planer le doute sur la véracité de ce récit. Brian Bolland signe un travail graphique d'une précision clinique, chaque case calculée comme une démonstration de style. Le récit introduit aussi le traumatisme de Barbara Gordon (Oracle), dont les conséquences se font sentir dans l'univers DC jusqu'à aujourd'hui. Les premiers tirages (1988) en grade CGC 9,8 s'échangent entre 150 et 250 € selon les ventes récentes — un niveau soutenu mais sans record d'enchères publiques isolé à ce jour. Moore et Bolland ont fourni l'ADN que tous les films du Joker exploitent depuis.
Scott Snyder & Greg Capullo (2012–2013) : Death of the Family
Dans le cadre du relancement « New 52 », Scott Snyder et Greg Capullo inaugurent leur collaboration sur Batman vol.2 en 2011. C'est leur arc « Death of the Family » (Batman #13–17, octobre 2012 – février 2013) qui livre leur vision du Joker : un personnage non plus humain mais mythique, qui se présente lui-même comme le meilleur ennemi de Batman — son miroir nécessaire. Capullo dessine un Joker dont le visage est littéralement détaché du crâne, image devenue emblématique. Batman #13 (premier numéro de l'arc) reste le titre le plus recherché du run ; les annonces eBay sont trop diluées dans la série générale pour en tirer une médiane isolée fiable. Leur collaboration marque l'une des dernières grandes réinventions éditoriales du personnage en comics.
Le Joker à l'écran : de Jack Nicholson à Joaquin Phoenix
Chaque adaptation cinématographique a relancé l'intérêt des collectionneurs pour les numéros clés. Jack Nicholson (1989) imposait le Joker comme figure pop mainstream ; Heath Ledger (The Dark Knight, 2008) a transformé le personnage en icône culturelle. Le film Joker (2019), réalisé par Todd Phillips avec Joaquin Phoenix, a rapporté 1,079 milliard de dollars au box-office mondial — performance exceptionnelle pour un film de super-vilain sans action classique. La suite, Joker: Folie à Deux (2024), a marqué un recul commercial. Chaque sortie se traduit par un regain d'intérêt pour Batman #251, The Killing Joke et Detective Comics #168 sur le marché secondaire.
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