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Aquaman a traverse huit decennies de crossovers majeurs chez DC : sa premiere apparition dans More Fun Comics #73 (1941), son role fondateur dans The Brave and the Bold #28 (1960, naissance de la Justice League), la perte de sa main dans Aquaman #2 de Peter David (1994), l'exil d'Atlantide dans JLA: The Obsidian Age (2002-2003), sa resurrection dans Blackest Night/Brightest Day (2009-2010), la guerre Atlantide-Amazones de Flashpoint (2011), l'evenement Throne of Atlantis (2012-2013) qui a lance le Nouveau 52, puis Forever Evil (2013) et Drowned Earth (2018). Les numeros fondateurs (More Fun Comics #73, Brave and the Bold #28, Aquaman #1) restent les pieces les plus recherchees, avec des ventes recentes documentees jusqu'a 810 000 $ pour Brave and the Bold #28 en grade CGC 9.6.

Longtemps considere comme le parent pauvre de la Justice League dans l'imaginaire collectif, Aquaman occupe pourtant une place centrale dans l'architecture des crossovers DC depuis 1960. Le Roi des Sept Mers n'est pas seulement un heros solo avec sa propre serie : il est un des sept membres fondateurs de la Justice League of America, un protagoniste recurrent des grands evenements editoriaux, et le heros dont les arcs personnels (perte de la main, exil, mort, resurrection) ont regulierement servi de detonateur a des crossovers inter-titres.

Pour un collectionneur, comprendre la chronologie des crossovers Aquaman n'est pas un exercice academique : c'est une grille de lecture qui permet d'identifier les numeros charnieres, ceux qui marquent une bascule narrative durable (perte d'un pouvoir, changement de statut, mort d'un personnage recurrent) et qui, historiquement, concentrent l'essentiel de la demande sur le marche secondaire. Ce guide retrace, evenement par evenement, les crossovers reellement documentes impliquant Aquaman, avec les numeros precis, les createurs credites et les donnees de marche disponibles.

Nous verrons aussi pourquoi l'exposition medietique (notamment le film de James Wan en 2018) ne se traduit pas automatiquement par une hausse durable de la cote des comics d'origine, un point que beaucoup de collectionneurs debutants sous-estiment.

Des origines Golden Age a la fondation de la Justice League

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Aquaman fait sa toute premiere apparition dans More Fun Comics #73, publie par DC en 1941. Ce numero partage l'affiche avec une autre premiere apparition majeure, celle de Green Arrow et de son partenaire Speedy, ce qui en fait l'un des comics Golden Age les plus recherches du catalogue DC. Le personnage est cree a une epoque ou l'editeur cherche a multiplier les figures capables de porter des histoires courtes dans des anthologies partagees : Aquaman, avec sa capacite a respirer sous l'eau et a communiquer avec la faune marine, s'inscrit dans cette logique. Le tirage d'origine etant tres limite et le taux de survie des comics de l'epoque tres faible, le census CGC pour ce numero reste extremement restreint sur les hautes notes. Selon les guides de prix specialises, une copie en grade FN 6.0 etait evaluee a 37 800 $ dans l'Overstreet 2021, une VF 8.0 a 82 000 $, et une vente documentee en grade FN 6.0 a atteint 55 000 $ en 2017. More Fun Comics #73 figure a la 28e place du classement Overstreet des 100 meilleurs comics Golden Age, un indicateur de sa rarete relative face a d'autres premieres apparitions de la meme decennie.

Le veritable tournant "crossover" de la carriere d'Aquaman survient toutefois vingt ans plus tard, avec The Brave and the Bold #28, publie en 1960. Ce numero ne raconte pas une aventure solo : il met en scene la toute premiere reunion de Superman, Batman, Wonder Woman, Flash, Green Lantern, Martian Manhunter et Aquaman sous la banniere de la Justice League of America, face a la menace de Starro le Conquerant. Aquaman y est membre fondateur au meme titre que les autres, ce qui fait de ce numero un jalon absolu pour tout collectionneur interesse par les origines des team-books DC. Le marche reflete cette importance : une copie CGC NM+ 9.6 (la plus haute note connue, sans exemplaire superieur recense) s'est vendue 810 000 $ en janvier 2024, un record pour ce numero. L'Overstreet 2023 evalue une copie NM- 9.2 a 94 000 $. Le titre occupe la 8e place du classement Overstreet des 50 meilleurs comics Silver Age.

Deux ans plus tard, en fevrier 1962, Aquaman obtient enfin sa propre serie reguliere avec Aquaman #1, ecrit par Jack Miller et dessine par Nick Cardy, qui illustrera les 39 premiers numeros de la serie. Ce premier numero solo, intitule "The Invasion of the Fire Trolls", ne constitue pas un crossover au sens strict, mais il s'inscrit directement dans la dynamique lancee par sa participation a la Justice League : c'est le succes du personnage en tant que membre d'equipe qui justifie, aux yeux de l'editeur, le lancement d'une serie a son nom. Une copie CGC 9.6 s'est vendue 38 400 $ en aout 2019, tandis qu'une copie 6.0 a ete cedee 1 092 $ en fevrier 2023 et qu'une copie lisible en grade 2.0 se negocie generalement entre 300 et 350 $, ce qui en fait un numero accessible a la plupart des budgets de collection en grades intermediaires.

La perte de la main : le crossover interne qui redefinit le personnage (1994)

Si les annees 60 et 70 installent Aquaman comme pilier des team-books, c'est le run de Peter David au debut des annees 90 qui produit l'evenement narratif le plus durable de l'histoire du personnage, meme s'il ne s'agit pas d'un crossover multi-titres au sens classique. Dans Aquaman #2 (septembre 1994, dessine par Martin Egeland), le heros affronte le villain Charybdis, capable de neutraliser temporairement les pouvoirs d'Aquaman et de les retourner contre lui : Charybdis plonge la main d'Arthur Curry dans un cours d'eau infeste de piranhas rendus enrages par ses propres pouvoirs detournes, et le heros perd litteralement sa main dans la bataille. Cette blessure, montree en detail dans le run David, debouche sur l'un des designs les plus iconiques de l'histoire du personnage : le harpon remplacant la main manquante, revele en pleine page a la fin d'Aquaman #0 (1994).

Ce choix editorial a une consequence directe sur la collection : il transforme des numeros auparavant consideres comme "d'atmosphere" en jalons narratifs recherches par les collectionneurs qui suivent l'evolution physique du personnage sur le temps long. La sequence Peter David reste aujourd'hui la reference pour quiconque veut comprendre pourquoi Aquaman a longtemps ete represente avec un harpon a la place de la main sur les couvertures et le merchandising des annees 90 et 2000.

L'exil d'Atlantide et Sub Diego : quand la mythologie devient un crossover JLA (2002-2005)

Le prolongement logique de cette periode se joue dans JLA: The Obsidian Age, ecrit par Joe Kelly et dessine par Doug Mahnke, publie dans les pages de JLA au debut des annees 2000. L'intrigue traite de la disparition d'Atlantide et d'Aquaman lui-meme dans le sillage du crossover Our Worlds at War (2001) : la cite est projetee des millenaires dans le passe, ses habitants reduits en esclavage par leurs propres ancetres, tandis qu'Arthur Curry est retenu prisonnier sous forme d'eau vivante. La Justice League intervient pour liberer Atlantide et son roi, mais le denouement est amer : Aquaman est banni de sa propre cite, accuse de trahison pour avoir provoque son re-engloutissement au fil de l'intrigue.

Cet exil ouvre directement la voie a l'arc "Sub Diego", developpe dans la serie solo qui suit (a partir du run de Will Pfeifer, milieu des annees 2000) : la ville de San Diego est frappee par un seisme qui la fait sombrer dans l'ocean, transformant sa population en respirateurs aquatiques comme Aquaman lui-meme. Prive d'Atlantide, le heros devient le protecteur de cette nouvelle communaute engloutie, ce qui approfondit ses liens avec le monde de la surface au moment meme ou il est coupe de son royaume d'origine. Cette sequence illustre bien un mecanisme frequent dans l'histoire du personnage : un crossover JLA de grande echelle (Obsidian Age) sert de detonateur a une reinvention complete de la serie solo qui suit.

Blackest Night et Brightest Day : la resurrection editoriale (2009-2010)

Aquaman fait partie des personnages morts puis ramenes a la vie au fil du crossover Blackest Night (2009), l'evenement Green Lantern ecrit par Geoff Johns qui voit les defunts de l'univers DC revenir sous forme de Black Lanterns avant qu'une selection d'entre eux ne soit choisie par le pouvoir blanc pour une veritable resurrection. Le prolongement direct de cette resurrection se joue dans la mini-serie evenementielle Brightest Day, dont le numero 0 porte une date de couverture de juin 2010 (publication le 14 avril 2010). Aquaman y figure parmi le groupe de heros elus par le White Lantern pour revenir a la vie, aux cotes notamment de Hawkman, Hawkgirl, Martian Manhunter et Firestorm.

Pour la collection, cette sequence marque un jalon important car elle remet Aquaman au centre de l'actualite editoriale DC apres plusieurs annees ou le personnage etait relativement en retrait, et prepare directement le terrain pour son retour en pleine lumiere avec le lancement du Nouveau 52 l'annee suivante.

Flashpoint : la guerre Atlantide-Amazones qui redessine l'univers DC (2011)

L'evenement Flashpoint (2011), toujours signe Geoff Johns pour la mini-serie principale en cinq numeros, repose sur une realite alternative ou Barry Allen n'est jamais devenu Flash. Dans cette timeline, la mini-serie en trois numeros Flashpoint: The World of Flashpoint Featuring Wonder Woman, centree sur l'arc "Emperor Aquaman", met en scene un conflit total entre l'Atlantide d'Aquaman et les Amazones de Wonder Woman. Le mariage arrange entre Arthur et Diana, cense unir les deux royaumes, echoue lorsque la reine Hippolyta est tuee en protegeant sa fille : Diana, enragee, mene les Amazones dans une guerre contre Atlantide qui va jusqu'a l'assassinat de Mera. Le conflit s'etend a l'ensemble des Iles Britanniques, transformees en "Nouvelle Themyscira", tandis que les forces atlantes capturent et instrumentalisent Geo-Force, le prince de Markovia.

Cette guerre alternative entre Atlantide et les Amazones, bien que situee dans une continuite parallele qui sera effacee a la fin de l'evenement, a un effet tres concret sur l'univers DC "normal" : c'est en reponse a ce type de tensions latentes entre les deux royaumes que les scenaristes du Nouveau 52 vont construire, l'annee suivante, le crossover qui reste aujourd'hui le plus etudie de toute la carriere d'Aquaman.

Throne of Atlantis : le crossover fondateur du Nouveau 52 (2012-2013)

Throne of Atlantis est sans doute le crossover Aquaman le plus structurant de l'ere Nouveau 52. Ecrit par Geoff Johns, dessine par Ivan Reis sur la partie Justice League et par Paul Pelletier sur la partie Aquaman, l'evenement se deploie sur six numeros repartis entre les deux titres : Aquaman (vol. 7) #14, Justice League (vol. 2) #15, Aquaman #15, Justice League #16, Aquaman #16 et Justice League #17, publies entre novembre 2012 et fevrier 2013. L'intrigue met en scene le demi-frere d'Aquaman, Ocean Master, qui tente de s'emparer du trone d'Atlantide et declare la guerre a la surface, forcant la Justice League a intervenir directement dans le royaume sous-marin.

Ce qui rend Throne of Atlantis particulierement important pour la collection, c'est son statut de "pont" narratif : l'evenement etablit definitivement Aquaman comme un acteur de premier plan de la Justice League du Nouveau 52, loin de l'image datee de "heros mineur" qui collait au personnage depuis des decennies dans la culture populaire. C'est egalement cette histoire qui a servi de base scenaristique tres largement reconnue au film Justice League de 2017 et, dans une moindre mesure, a certains elements du film solo Aquaman de 2018, ce qui a renforce l'interet retrospectif des collectionneurs pour ces six numeros precis au moment de la sortie des adaptations cinema.

Forever Evil et le Villains Month : Aquaman du cote obscur (2013)

En septembre 2013, dans le cadre du "Villains Month" qui accompagne le crossover Forever Evil ecrit par Geoff Johns et dessine par David Finch, la serie Aquaman (vol. 7) publie deux numeros tie-in numerotes en points : #23.1, consacre a Black Manta, et #23.2, consacre a Ocean Master, les deux principaux antagonistes recurrents du heros. Cette initiative editoriale, qui a remplace temporairement 52 series regulieres du Nouveau 52 par des one-shots centres sur des personnages villains, a permis d'approfondir la psychologie de deux figures dont l'importance dans la mythologie Aquaman est directement liee aux evenements precedents (Ocean Master ayant ete l'antagoniste central de Throne of Atlantis l'annee precedente).

Drowned Earth : le dernier grand crossover Justice League/Aquaman (2018)

En 2018, au moment meme de la sortie du film Aquaman au cinema, DC publie Justice League/Aquaman: Drowned Earth, ecrit par Scott Snyder. L'evenement est construit en six chapitres principaux : un one-shot d'ouverture Justice League/Aquaman: Drowned Earth #1, trois numeros de Justice League (#10 a #12), deux numeros d'Aquaman (#40 et #41), et un one-shot de cloture Aquaman/Justice League: Drowned Earth #1, complete par un tie-in dans Titans #28. L'intrigue voit la Terre entiere menacee de submersion par des forces cosmiques liees a Atlantide, forcant Aquaman a nouveau au centre de l'action collective de la Justice League.

Le timing de publication, calque sur la sortie du film de James Wan, n'est evidemment pas un hasard : DC a cherche a capitaliser sur l'exposition mediatique du personnage aupres d'un public elargi. C'est un cas d'ecole interessant pour comprendre comment les crossovers editoriaux sont parfois calibres pour accompagner un calendrier cinema plutot que pour repondre a une necessite purement narrative.

L'impact des adaptations sur la cote

Le film Aquaman de James Wan, sorti en decembre 2018, a ete un succes commercial considerable : plus de 1,1 milliard de dollars de recettes mondiales, dont environ 335 millions de dollars sur le seul marche domestique americain, ce qui en a fait a l'epoque le film DCEU le plus rentable devant Wonder Woman. Un tel succes laisse naturellement penser qu'il a du faire grimper la cote des comics Aquaman sur le marche secondaire. La realite, documentee par les donnees de vente, est plus nuancee et merite d'etre connue par tout collectionneur avant d'acheter "sur l'elan" d'une sortie cinema.

Selon les donnees de suivi de marche publiees par GoCollect, plusieurs numeros cles du run Peter David des annees 90 ont en realite vu leur cote reculer dans les trois annees qui ont suivi la sortie du film. Une copie CGC 7.5 d'Aquaman #29 (vol. 5, run Peter David), qui se vendait autour de 400 $ sur eBay juste avant la sortie du film, ne s'est plus negociee qu'a 176,50 $ seize mois plus tard, soit un recul proche de 32 %. Le meme phenomene a ete observe sur Aquaman #35 de la meme serie, dont les copies CGC 5.5 ont perdu environ 20 % de leur valeur sur la periode. Ces chiffres montrent que l'effet "hype cinema" ne se traduit pas mecaniquement par une appreciation durable des numeros vintage : une fois le pic d'interet initial passe, le marche se recentre souvent sur la demande de fond, portee par les collectionneurs historiques plutot que par le public occasionnel attire par le film.

A l'inverse, les numeros directement lies a la trame scenaristique reprise au cinema, comme les six chapitres de Throne of Atlantis, ont conserve un interet plus stable dans la duree, precisement parce qu'ils constituent la source premiere reconnue d'elements repris dans les adaptations (l'affrontement avec Ocean Master, la guerre entre Atlantide et la surface). La lecon pour un collectionneur est simple : privilegier les numeros qui possedent une valeur narrative intrinseque forte (premiere apparition, tournant scenaristique majeur, source directe d'une adaptation) plutot que d'acheter uniquement parce qu'un personnage est temporairement sous les projecteurs.

Guide d'achat

Avant d'investir dans des numeros lies aux crossovers Aquaman, quelques principes concrets permettent d'eviter les erreurs les plus frequentes chez les collectionneurs qui debutent sur ce personnage :

Foire aux questions

Le premier veritable crossover est The Brave and the Bold #28 (1960), qui reunit pour la premiere fois Aquaman avec Superman, Batman, Wonder Woman, Flash, Green Lantern et Martian Manhunter au sein de la Justice League of America face a Starro le Conquerant.
Aquaman perd sa main dans Aquaman #2 (septembre 1994, run de Peter David, dessins de Martin Egeland), lorsque le villain Charybdis la fait devorer par des piranhas. Le remplacement par un harpon est revele en pleine page a la fin d'Aquaman #0, la meme annee.
Throne of Atlantis se deploie sur six numeros publies entre novembre 2012 et fevrier 2013 : Aquaman (vol. 7) #14, #15 et #16, ainsi que Justice League (vol. 2) #15, #16 et #17, ecrits par Geoff Johns avec Ivan Reis et Paul Pelletier au dessin.
Pas de maniere durable pour tous les numeros. Selon les donnees GoCollect, des numeros du run Peter David comme Aquaman #29 et #35 ont vu leur cote reculer de 20 a 32 % dans les trois annees suivant la sortie du film, apres un pic d'interet initial.
A ce jour, le record documente concerne The Brave and the Bold #28, dont une copie CGC NM+ 9.6 s'est vendue 810 000 $ en janvier 2024, un montant qui reflete surtout sa valeur en tant que premiere apparition de la Justice League.