Amazing Spider-Man #122, daté de juillet 1973, est le numéro où Norman Osborn, le Bouffon Vert, trouve la mort, empalé par son propre planeur au terme de la poursuite engagée dans le numéro précédent. Gerry Conway en signe le scénario, Gil Kane les crayonnés, John Romita l'encrage et la couverture. On le cherche parce qu'il referme le diptyque le plus commenté de la série et parce qu'il tue un vilain majeur, chose rare alors chez Marvel.
Acheter le 122 seul, ou attendre de pouvoir prendre le 121 et le 122 ensemble, n'est pas la même décision. Les deux numéros se vendent depuis cinquante ans comme un bloc narratif, mais ils n'ont jamais eu la même cote, et l'écart entre eux s'est resserré sans jamais disparaître. Comprendre pourquoi évite de payer un numéro au prix de l'autre, ou de laisser filer celui des deux qui est en réalité le plus difficile à trouver dans un état correct.
Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.
Juillet 1973 : ce que contient précisément le numéro 122
Le fascicule reprend l'action là où le 121 l'avait laissée : Spider-Man poursuit Norman Osborn après le drame du pont, l'affrontement se déplace dans un entrepôt, et il se termine par la mort d'Osborn, transpercé par le planeur qu'il pilotait lui-même. Le dénouement n'est donc pas un coup porté par le héros, détail qui a beaucoup compté dans la réception du numéro et dans la manière dont les scénaristes suivants ont pu réécrire l'épisode.
Les crédits se vérifient sur l'indicia : Gerry Conway au scénario, Gil Kane aux crayonnés, John Romita à l'encrage, Tony Mortellaro en assistance sur une partie des planches selon les sources, et une couverture signée Romita. Cette couverture explique une part de la demande : elle annonce la fin du vilain et se reconnaît de loin dans un bac.
Le numéro referme aussi des fils du casting secondaire, dont la scène finale avec Mary Jane Watson, souvent citée comme le point de départ de la relation qui occupera la série pendant deux décennies. Le 122 n'intéresse donc pas seulement les amateurs de vilains.
Le contexte éditorial : une série en bascule
En 1973, la série n'est plus écrite par son cocréateur. Gerry Conway a repris le titre quelques numéros plus tôt, à un âge où il comptait parmi les plus jeunes scénaristes réguliers de l'éditeur, et il hérite d'une configuration délicate : un héros adulte, un casting secondaire installé depuis dix ans, et un lectorat qui connaît les codes par cœur. Tuer Norman Osborn, deux numéros après avoir tué Gwen Stacy, est un geste de scénariste qui cherche à remettre la série en mouvement plutôt qu'à ménager l'héritage.
Le format de l'époque est celui du fascicule mensuel à publicités intégrées, sans variantes de couverture, sans tirage alternatif, sans édition de luxe. Cette simplicité est une bonne nouvelle pour l'acheteur : il n'existe pas douze versions du 122 à distinguer. Elle a une contrepartie, c'est qu'aucune version n'a été produite en pensant à la conservation, et que les exemplaires passés entre les mains de lecteurs de 1973 portent presque tous des traces de lecture.
La conclusion plutôt que le choc : pourquoi la cote a longtemps suivi celle du 121
Pendant des décennies, le marché a nettement préféré le 121. La raison est simple à formuler : c'est lui qui porte l'événement que tout le monde cite, et la hiérarchie des numéros clés récompense l'instant où quelque chose arrive pour la première fois, pas celui où les conséquences se règlent. Le 122 a donc longtemps été vendu comme le complément du 121, parfois présenté en lot, souvent à une fraction de son prix.
Ce rapport s'est partiellement resserré. Trois dynamiques y ont contribué : la lecture du diptyque comme une unité, qui pousse les acheteurs à vouloir les deux ; le retour en force de Norman Osborn comme antagoniste central à partir du milieu des années 1990, qui a redonné du poids à l'épisode de sa mort ; et l'arrivée sur le marché d'acheteurs venus du cinéma et des séries, pour qui le Bouffon Vert est un personnage identifié indépendamment du destin de Gwen Stacy.
Le resserrement n'est pas une égalisation. Dans la plupart des configurations, le 121 reste devant, et l'écart se creuse à nouveau dans les grades élevés, où la rareté relative joue plus fort que la préférence thématique. Retenez la mécanique plutôt qu'un chiffre : un numéro de première fois et un numéro de conclusion ne se valorisent pas selon la même courbe, et la conclusion dépend davantage de l'intérêt porté au personnage qui disparaît.
1996 : la mort du vilain défaite à son tour
Vingt-trois ans après le 122, l'éditeur est revenu sur le dénouement. Au terme de la Saga du Clone, en 1996, Norman Osborn réapparaît vivant, et la continuité est réécrite pour expliquer qu'il avait survécu et manœuvré en coulisses. C'est un point que tout vendeur de 122 passe sous silence et que tout acheteur devrait connaître, car il change la nature de ce que l'on achète.
Le numéro ne documente plus un fait définitif de l'univers, il documente une décision éditoriale qui a tenu vingt-trois ans puis a été annulée. Sur le marché, cette annulation n'a pas fait baisser la cote, pour une raison instructive : la valeur d'un numéro clé tient à ce qu'il a été la première publication d'une scène commentée, pas à la permanence de cette scène dans la continuité. Le 122 reste la source de l'image, même si l'univers a changé d'avis sur son contenu.
Cette logique se vérifie ailleurs dans le catalogue, et elle vaut la peine d'être intégrée avant d'acheter n'importe quel numéro vendu comme la mort de quelqu'un : la question utile n'est pas « le personnage est-il revenu », mais « cette planche est-elle encore celle que tout le monde cite ». Pour la mort de Norman Osborn, la réponse est oui, et c'est ce qui soutient la demande.
Ce qui fait varier la cote de ce numéro
Trois variables dominent. La première est l'état du dos, car le 122 a été lu et relu : les exemplaires de 1973 qui ont servi de référence narrative dans les collections d'enfance portent des plis de lecture verticaux sur la pliure, et c'est ce défaut qui bloque la plupart des exemplaires dans les grades moyens. La deuxième est la couleur de la couverture, où les aplats sombres du décor nocturne marquent le moindre frottement et le moindre blanchiment des angles.
La troisième est l'origine géographique de l'exemplaire, point souvent négligé sur les numéros de cette période. Les copies destinées au marché britannique portent un prix en pence à la place du prix américain, et elles n'ont ni le même parcours de distribution ni la même cote. Elles se négocient en général en dessous de l'édition américaine sur les grandes clés, mais elles intéressent un public spécifique, ce qui rend leur prix plus volatil que celui de l'édition de référence.
Ajoutez une variable propre au diptyque : la présence ou non du 121 dans la même transaction. Un 122 vendu seul par un vendeur qui a déjà écoulé son 121 part souvent moins cher qu'un 122 proposé en paire par un vendeur qui sait que l'acheteur veut les deux. Acheter les numéros séparément, à des moments différents, chez des vendeurs différents, est fréquemment la stratégie la moins chère.
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Il n'existe pas de second tirage du 122 à l'identique, ce qui simplifie l'identification. Les risques de confusion viennent d'ailleurs : des recueils, des séries de reprints publiées plus tard par l'éditeur, et des éditions en facsimilé produites à l'époque moderne. Dans tous ces cas, l'indice décisif est l'indicia, ce bloc de texte en petits caractères sur la première page intérieure, qui porte la date de dépôt réelle du fascicule que vous tenez.
Un facsimilé reprend la couverture d'origine, parfois le prix d'origine, et se trahit par trois éléments : la qualité du papier, nettement plus blanc et plus lisse que le papier de presse de 1973 ; le code-barres ou sa zone, traitée différemment ; et une mention de publication récente dans l'indicia. Si un vendeur vous annonce un exemplaire de 1973 sur des photos où le blanc des pages est éclatant, demandez un cliché de l'indicia avant d'aller plus loin.
Pour les copies en pence, la vérification est purement visuelle : le prix imprimé dans la pastille de couverture n'est pas le prix américain. Ne le confondez pas avec un prix tamponné à l'encre par un distributeur, qui n'a pas le même effet sur la cote.
Les pièges à l'achat propres à ce numéro
Le premier piège est l'annonce qui vend le 122 avec le vocabulaire du 121 : le mot « mort » suffit à rendre les deux numéros interchangeables aux yeux d'un acheteur pressé. Vérifiez le numéro imprimé sur la couverture et dans l'indicia, pas la description.
Le deuxième piège concerne les lots. Un lot « 121 et 122 » peut cacher un déséquilibre d'état considérable, le 121 en bon état servant de vitrine et le 122 étant nettement plus fatigué. Demandez les quatre faces des deux fascicules séparément, et évaluez-les comme deux achats indépendants dont vous additionnez ensuite la valeur.
Le troisième piège est le coupon manquant. Les fascicules de cette période contenaient des encarts et des pages à découper, et un exemplaire amputé perd beaucoup, y compris quand la couverture est belle. Un vendeur sérieux signale explicitement la complétude des pages intérieures ; un silence sur ce point, sur un numéro aussi recherché, mérite une question directe avant toute offre.
Les voisins qui comptent aussi
Le 121 est évidemment le premier d'entre eux, et l'essentiel de ce guide consiste à l'articuler avec le 122. Juste après, le 123 fait intervenir Luke Cage, engagé contre Spider-Man, ce qui en fait un numéro recherché par les collectionneurs du personnage plus que par ceux du Bouffon Vert. Les 124 et 125 introduisent et complètent Man-Wolf, un couple de numéros qui obéit d'ailleurs à la même logique de première fois et de suite que celui qui nous occupe.
Plus loin, le 129 de février 1974 contient la première apparition du Punisher et pèse aujourd'hui bien plus lourd que tout ce qui l'entoure, pour des raisons qui n'ont rien à voir avec l'intrigue Osborn. Et le 136 referme l'arc familial en faisant endosser le costume du Bouffon Vert à Harry Osborn, numéro moins cher que le 122 mais indispensable à qui veut suivre la lignée du personnage plutôt que la seule mort de son premier porteur.
Si votre objectif est le personnage et non la série, construisez la séquence autour du hub Bouffon Vert plutôt que par numérotation continue : vous éviterez d'acheter des fascicules intermédiaires sans rapport avec l'arc, et vous verrez immédiatement où se situent les trous réels de votre suite.
Notation et logique de couple
La notation transforme la comparaison entre les deux numéros. En exemplaires bruts, les écarts restent lisibles et un acheteur attentif peut arbitrer lui-même. En exemplaires notés, l'effet de seuil est brutal : sur un numéro de 1973 à forte circulation, chaque cran gagné dans le haut de l'échelle raréfie considérablement la population recensée, et la cote progresse bien plus vite que le grade.
Une conséquence pratique pour le diptyque : faire noter un 122 moyen a rarement du sens, alors que faire noter un 122 qui a de bonnes chances d'atteindre le haut de l'échelle en a beaucoup. Et comme le 121 est plus demandé, un même grade n'y produit pas le même gain relatif. Décidez numéro par numéro, jamais pour la paire.
Suivre ce numéro dans une collection, et ce qu'il faut retenir
Dans une collection un peu fournie, le 122 pose un problème de classement : il appartient à la fois à la suite Amazing Spider-Man, à l'arc Osborn et à la liste des numéros clés. Enregistrez-le avec ces trois rattachements plutôt qu'avec un seul, notez l'état du dos et la complétude des pages dans le champ de commentaire, et précisez s'il s'agit de l'édition américaine ou d'une copie en pence : c'est l'information que vous chercherez en priorité le jour d'une revente ou d'une déclaration d'assurance.
Si le 121 est déjà chez vous, renseignez dans la fiche du 122 que le couple est constitué, et à l'inverse si seul le 122 est présent. Cette indication a une vraie valeur : elle vous évite d'acheter dans l'urgence un 121 surévalué parce qu'il se présentait au bon moment, et elle vous rappelle que la paire ne vaut pas la somme automatique de ses deux cotes quand les états sont très différents.
À retenir, pour finir : le 122 est la conclusion d'un diptyque, sa cote dépend plus de l'intérêt porté à Norman Osborn qu'à l'événement du numéro précédent, la mort qu'il met en scène a été annulée en 1996 sans que cela entame sa valeur, et c'est l'état du dos qui décidera presque toujours du prix que vous paierez. Le reste, prix en pence, facsimilés, lots déséquilibrés, se vérifie en trois photos demandées au vendeur. Le hub Spider-Man et le blog donnent les repères que la numérotation seule ne donne pas.
Vous hésitez entre un 122 brut au dos fatigué et un exemplaire noté nettement plus cher ? Faites évaluer le vôtre avant de trancher.
Estimer mon comicQuestions fréquentes
Non, dans la grande majorité des configurations le 121 reste devant. L'écart s'est resserré depuis le retour de Norman Osborn au milieu des années 1990, mais il se recreuse dans les grades élevés, où la rareté relative compte davantage que la préférence des acheteurs pour l'événement du numéro précédent.
Pas nécessairement. Les vendeurs qui proposent la paire intègrent dans leur prix le fait que vous voulez les deux. Acheter séparément, à des moments différents et chez des vendeurs différents, revient souvent moins cher, et vous permet d'évaluer l'état de chaque fascicule sans qu'un bel exemplaire masque un exemplaire fatigué.
Non. La réécriture de 1996 annule le fait dans la continuité, pas la publication. Un numéro clé tire sa valeur d'avoir été la première parution d'une scène que tout le monde cite, et la mort d'Osborn est restée cette scène. La demande est restée stable après ce retour.
Le prix imprimé dans la pastille de couverture est exprimé en pence et non en monnaie américaine. Il est imprimé à la fabrication, pas tamponné après coup : un tampon de distributeur est autre chose et n'a pas le même effet sur la cote. Ces copies se négocient en général en dessous de l'édition de référence.
Le pli de lecture sur la pliure du dos, très fréquent parce que le fascicule a beaucoup circulé en 1973. Viennent ensuite le blanchiment des angles sur les aplats sombres de la couverture et, plus pénalisant encore, une page intérieure découpée ou un encart manquant, défaut qu'il faut toujours faire confirmer avant d'acheter.