Le Joker est le vilain le plus collectionné de l'univers DC. De sa première apparition dans Batman #1 (1940) jusqu'aux solo series modernes, ses key issues atteignent des sommets en salle de vente. Ce guide couvre les numéros essentiels, les arcs majeurs, le grading et les stratégies budgétaires pour bâtir une collection Joker solide.
Aucun méchant de comics n'a autant marqué la culture populaire que le Joker. Créé par Bill Finger, Bob Kane et Jerry Robinson dans Batman #1 au printemps 1940, le Clown Prince du Crime a traversé chaque ère éditoriale en se réinventant sans cesse — de psychopathe meurtrier du Golden Age à la figure cartoonesque des années 50-60, avant de redevenir un monstre sous la plume de Denny O'Neil, puis de Steve Englehart, et enfin de franchir un cap d'horreur avec Alan Moore, Jim Starlin et Scott Snyder.
Collectionner le Joker, c'est collectionner les moments charnières de l'histoire de Batman. Le personnage n'a pas de série principale continue sur 80 ans comme Batman ou Detective Comics : il apparaît dans des arcs, des one-shots, des mini-séries et des crossovers. Cela rend la collection à la fois plus accessible (moins de numéros courants à accumuler) et plus exigeante (chaque pièce est un key issue ou un arc ciblé). Ce guide vous propose une méthode claire pour structurer votre collection Joker, des origines aux séries contemporaines.
Que vous soyez un collectionneur aguerri cherchant à compléter un run précis ou un passionné qui débute, les sections ci-dessous couvrent chaque période clé, les numéros à cibler en priorité, les conseils de conservation et de grading, et les stratégies pour investir intelligemment. Pour aller plus loin, consultez nos dossiers dédiés : les numéros clés du Joker et l'histoire complète du Joker en comics.
Les origines : Batman #1 (1940) et le Golden Age
Le Joker fait ses débuts dans Batman #1 (printemps 1940), aux côtés de Catwoman. Ce premier numéro, signé Bill Finger et Bob Kane avec des contributions essentielles de Jerry Robinson, présente un Joker terrifiant : un criminel qui annonce ses meurtres à l'avance et empoisonne ses victimes avec un toxique qui leur fige un rictus mortel au visage. C'est un personnage sans origine, sans humour — un pur cauchemar.
Batman #1 en CGC 9.0 a atteint 2,2 millions de dollars en vente aux enchères (Heritage Auctions). Même les exemplaires en état moyen (CGC 1.0-2.0) se négocient entre 30 000 et 80 000 $. Pour la grande majorité des collectionneurs, l'original reste hors de portée. Les alternatives réalistes sont les réimpressions (Famous First Edition de 1975, Millennium Edition de 2000) ou les fac-similés récents (Batman #1 Facsimile Edition, 2024).
Durant le Golden Age, le Joker apparaît régulièrement dans Batman et Detective Comics. Les numéros notables incluent Batman #11 (premier numéro où le Joker apparaît en couverture seul), Batman #37 (premier comic Joker en couverture complète), et Detective Comics #168 (1951), qui révèle pour la première fois l'identité du Red Hood, un élément mythologique repris des décennies plus tard par Alan Moore.
The Killing Joke (1988) : le Graal moderne
Batman: The Killing Joke (1988), écrit par Alan Moore et dessiné par Brian Bolland, est le comic Joker le plus influent jamais publié. Ce one-shot raconte l'origine supposée du Joker — un comédien raté qui sombre dans la folie après une journée tragique — tout en mettant en scène son agression brutale contre Barbara Gordon (Batgirl), un événement qui a des conséquences durables sur tout l'univers DC.
La première édition (couverture souple, 1988) en CGC 9.8 se négocie entre 800 et 1 500 $. La version hardcover de la même année est plus rare et atteint des prix supérieurs. Les collectionneurs doivent faire attention aux différents tirages : le premier tirage se distingue par un prix de couverture de 3,50 $ et l'absence de code-barres UPC. The Killing Joke est un incontournable absolu de toute collection Joker, et son rapport qualité-prix reste excellent comparé à d'autres key issues du personnage.
A Death in the Family (Batman #426-429, 1988-1989)
L'arc A Death in the Family, écrit par Jim Starlin et dessiné par Jim Aparo, reste l'un des moments les plus marquants de l'histoire de Batman. Le Joker bat sauvagement Jason Todd (le deuxième Robin) à coups de pied-de-biche avant de le laisser mourir dans une explosion. La mort de Jason Todd a été décidée par un vote téléphonique des lecteurs — un moment unique dans l'histoire du medium.
Batman #428, le numéro de la mort effective de Robin, est le key issue principal de l'arc. En CGC 9.8, il se négocie autour de 400-700 $. L'ensemble des quatre numéros (#426-429) en haute condition constitue un lot très recherché. Ces numéros sont également accessibles en version TPB, mais les collectionneurs sérieux privilégient les singles du premier tirage.
No Man's Land et les événements des années 90
Le crossover No Man's Land (1999) met en scène un Gotham City isolé du reste des États-Unis après un séisme catastrophique. Le Joker y joue un rôle dévastateur : il assassine la commissaire Sarah Essen-Gordon dans Detective Comics #741, un numéro clé signé Greg Rucka et Damion Scott. Cet acte de violence gratuite est l'un des moments les plus sombres de la série, et le numéro reste un key issue abordable (CGC 9.8 autour de 100-200 $).
Les années 90 offrent aussi des one-shots Joker notables : Batman: Joker's Apprentice (1999), Joker: Devil's Advocate (1996) de Chuck Dixon, et les apparitions récurrentes dans les séries Batman: Shadow of the Bat et Batman: Legends of the Dark Knight. Ces numéros se trouvent facilement en bacs à 2-5 $ et permettent d'étoffer une collection Joker sans se ruiner.
Death of the Family (New 52, Batman #13-17, 2012-2013)
Ne pas confondre avec "A Death in the Family" de 1988. L'arc Death of the Family, écrit par Scott Snyder et dessiné par Greg Capullo, présente un Joker qui revient après un an d'absence portant son propre visage arraché comme un masque. L'arc se déploie sur Batman #13-17, avec des tie-ins dans Batgirl, Nightwing, Red Hood et d'autres titres de la famille Batman.
Batman #13 (couverture die-cut révélant le visage du Joker) est le key issue de l'arc. En CGC 9.8, il atteint 80-150 $. L'ensemble du run New 52 de Snyder/Capullo (Batman #1-52) est l'un des meilleurs investissements modernes pour un collectionneur DC. L'arc "Endgame" (Batman #35-40), qui propose un affrontement final entre Batman et le Joker, complète parfaitement cette période.
Les séries solo Joker
The Joker (1975-1976) — la première série solo
Le Joker obtient sa première série solo en 1975, The Joker #1-9, publiée sous le Comics Code Authority. Fait rare pour l'époque : un vilain en vedette de sa propre série. La contrainte du CCA oblige les scénaristes à adoucir le personnage, mais la série reste un objet de collection fascinant. The Joker #1 (1975) en CGC 9.8 vaut environ 1 000-1 500 $. Les numéros suivants sont bien plus abordables.
Joker (Brian Azzarello, 2008)
Le graphic novel Joker de Brian Azzarello et Lee Bermejo (2008) est une réinterprétation ultra-réaliste du personnage, clairement influencée par le film The Dark Knight de Christopher Nolan. L'album se lit comme un polar noir vu à travers les yeux de Jonny Frost, un sbire du Joker. C'est un hardcover très recherché pour ses planches somptueuses, disponible entre 20 et 50 $ selon l'état.
The Joker (James Tynion IV, 2021-2022)
La série The Joker de James Tynion IV et Guillem March (15 numéros, 2021-2022) est la première série solo mensuelle du Joker en 45 ans. Elle suit Jim Gordon traquant le Joker à travers le monde après les événements de "Joker War". The Joker #1 est accessible (CGC 9.8 autour de 40-60 $) et les variants covers, notamment ceux de J. Scott Campbell et Francesco Mattina, constituent des pièces de collection attractives.
Les key issues Joker à cibler en priorité
Voici un classement par ordre de priorité pour bâtir une collection Joker cohérente. Les prix indiqués correspondent à des exemplaires CGC 9.8 (ou au grade le plus courant pour les comics anciens) et fluctuent selon le marché.
- Batman: The Killing Joke (1988) — premier tirage, couverture souple : 800-1 500 $ en CGC 9.8. Le numéro Joker le plus emblématique.
- Batman #251 (1973, Neal Adams) — le retour du Joker meurtrier, couverture iconique du Joker au jeu de cartes : 500-2 000 $ selon le grade.
- Batman #428 (1989) — mort de Jason Todd : 400-700 $ en CGC 9.8.
- Batman #1 (1940) — première apparition, pour les budgets conséquents : à partir de 30 000 $ en condition lisible.
- Batman #13 (New 52, 2012) — couverture die-cut, "Death of the Family" : 80-150 $ en CGC 9.8.
- The Joker #1 (1975) — première série solo : 1 000-1 500 $ en CGC 9.8.
- Detective Comics #168 (1951) — première origine Red Hood : 3 000-8 000 $ selon le grade.
- Batman #663 (2007, Grant Morrison) — format prose illustrée, retour controversé du Joker : 20-40 $ en CGC 9.8.
- Batman #37 (New 52, 2015) — "Endgame", couverture iconique de Capullo : 30-60 $ en CGC 9.8.
Pour une liste complète et mise à jour, consultez notre article dédié : les numéros clés du Joker classés par valeur.
Conservation et grading des comics Joker
Les comics Joker, en particulier ceux du Bronze Age et du Modern Age, sont souvent conservés dans des conditions médiocres en raison de leur succès populaire (beaucoup ont été lus et relus). Quelques règles essentielles :
Protection immédiate
Chaque comic doit être placé dans une pochette Mylar (ou à défaut polypropylène) avec un carton de soutien acid-free. Les pochettes standard conviennent aux comics post-1980 ; les pochettes Silver Age sont nécessaires pour les formats plus grands des années 60-70. Rangez vos comics à la verticale dans des boîtes en carton acid-free, à l'abri de la lumière directe et de l'humidité (idéalement entre 18 et 22 °C, 40-50 % d'humidité relative).
Quand faire grader ?
Le grading CGC ou CBCS n'est rentable que si la valeur estimée du comic gradé dépasse significativement le coût du grading (environ 30-75 $ par comic chez CGC selon le service). Pour les comics Joker, le grading est recommandé à partir d'une valeur brute estimée de 100 $ ou plus. Pour The Killing Joke, les Batman de Neal Adams ou les premiers numéros de Snyder/Capullo, le grading CGC ajoute une plus-value réelle à la revente.
Attention aux presses
Le pressing (nettoyage à sec et mise sous presse) peut améliorer le grade d'un comic d'un demi-point à un point entier. Pour un Killing Joke en 9.4 qui pourrait passer à 9.6 ou 9.8 après pressing, la différence de valeur justifie largement le coût (15-30 $). Adressez-vous à un presseur certifié avant de soumettre au grading.
Stratégies budget : trois paliers pour collectionner le Joker
Budget 100-300 € : les essentiels modernes
Concentrez-vous sur les TPB et les singles du Modern Age. Un premier tirage de The Killing Joke en bon état (VF/NM non gradé) se trouve autour de 50-80 €. Ajoutez Batman #426-429 (A Death in the Family) en singles pour 40-80 € le lot, et Batman #13 (New 52) pour 15-30 €. Complétez avec le graphic novel de Brian Azzarello (20-30 €). Vous avez une base solide pour moins de 250 €.
Budget 500-1 500 € : les clés du Bronze et du Modern Age
Visez des exemplaires gradés CGC. Un Killing Joke CGC 9.6 (400-600 €), un Batman #251 CGC 6.0-7.0 (300-500 €), un Batman #428 CGC 9.6 (200-300 €) et un Joker #1 (1975) CGC 7.0-8.0 (150-250 €) constituent un noyau solide de key issues gradés. Ajoutez les runs complets de Snyder/Capullo et de Tynion en singles pour compléter.
Budget 3 000 € et plus : le Golden et Silver Age
À ce niveau, vous pouvez viser des pièces du Silver Age : un Batman #155 (premier Penny Plunderer avec le Joker en Silver Age, 1963) ou un Detective Comics #168 en condition intermédiaire. Les enchères Heritage, ComicConnect et ComicLink sont vos meilleures sources pour les pièces rares. Faites toujours vérifier la provenance et l'authenticité avant d'investir sur des pièces à quatre ou cinq chiffres.
Organiser et suivre votre collection Joker
Une collection Joker bien gérée nécessite un outil de suivi dédié. Plutôt que de maintenir un tableur, utilisez une application de gestion de collection qui vous permet de cataloguer chaque numéro avec son grade, sa valeur estimée et sa localisation physique. Le suivi numéro par numéro vous aide à identifier instantanément les trous dans vos runs et à planifier vos prochains achats.
Pour une collection centrée sur le Joker, créez des listes distinctes par période (Golden Age, Bronze Age, Modern Age) et par type (key issues, runs complets, variants, TPB/hardcovers). Cela facilite l'évaluation de la valeur globale de votre collection et le repérage des comics manquants. Une collection bien documentée est aussi une collection mieux assurée — en cas de sinistre, votre inventaire numérique fait foi.
Le Joker reste l'un des personnages les plus fascinants à collectionner dans l'univers DC. Sa présence dans la culture populaire (films, séries, jeux vidéo) maintient une demande constante sur ses key issues, tandis que la profondeur de son histoire éditoriale offre des opportunités à tous les budgets. Commencez par The Killing Joke, construisez autour des arcs majeurs, et vous aurez une collection dont la valeur — culturelle comme financière — ne fera que croître. Pour approfondir l'histoire du personnage, consultez notre dossier complet sur l'histoire du Joker en comics.